Strasbourg en passe de basculer à gauche, le désaveu de la droite

STRASBOURG (AFP) — Neuf mois après la déferlante bleue des législatives sur l'Alsace, le PS Roland Ries devrait dimanche, au second tour des municipales, reprendre Strasbourg à la droite, sanction d'une gestion jugée trop autoritaire et d'une appartenance à un parti présidentiel en baisse.

"Ries qui rit, Keller qui pleure", commente la presse locale. Avec 43,89% des voix et dix points d'avance sur la maire sortante Fabienne Keller, l'ancien maire de Strasbourg a préparé dès lundi l'alternance en concluant un accord de fusion avec la liste des Verts menée par Alain Jund (6,36%) qui devrait lui assurer une confortable avance.

Des négociations beaucoup moins avancées sont en cours pour une éventuelle fusion avec le MoDem de Chantal Cutajar qui a obtenu 5,73% des voix dimanche.

Tout a souri à Roland Ries pendant la campagne du premier tour, en premier lieu le vif désir des "bobos" strasbourgeois d'infliger une leçon à Nicolas Sarkozy représenté ici par le tandem UMP Fabienne Keller et Robert Grossmann, maire adjoint et président de la communauté urbaine.

Sur les murs de la ville et sur les blogs ont fleuri ces derniers jours des affichettes avec "Contre Sarkozy, je vote à gauche" et autres initiatives humoristiques.

Mais Roland Ries a aussi récolté les fruits d'une campagne tranquille, sans coup d'éclat, en promettant une gestion consensuelle et en capitalisant sur une popularité acquise à l'époque (1997-2000) où il assuré en tant que maire l'interim de Catherine Trautmann, devenue ministre de la Culture.

Même son annonce, largement médiatisée par ses adversaires, de ne pas briguer un deuxième mandat ne lui a finalement pas nui: "Roland Ries aura 68 ans à l'issue de ce mandat, il ne souhaite pas s'inscruster plus longtemps au pouvoir", explique Mathieu Cahn, premier secrétaire du PS 67.

Face à Roland Ries, Fabienne Keller n'a pas réussi à mettre en valeur ses réussites municipales, comme l'arrivée du TGV Est et des réalisations d'envergure comme le plus grand Zénith de France, une Cité de la danse et de la musique et l'ouverture prochaine d'une grande bibliothèque.

Mme Keller assure que rien n'est joué pour le second tour, mais elle n'est arrivée en tête que dans un canton strasbourgeois, à la Robertsau, et sa réserve de voix est nettement inférieure à celle de son adversaire.

Les attaques de Roland Ries contre "l'autoritarisme" des édiles strasbourgeois et les critiques mordantes d'un pamphlet anonyme contre le "fonctionnement tyrannique" du tandem Keller-Grossmann ont apparemment fait mouche dans la campagne.

Visiblement bouleversée par son score décevant au premier tour, Mme Keller s'est plainte dimanche soir d'avoir été victime d'attaques personnelles et d'une "toile de fond nationale" défavorable. Mais le tandem veut quand même y croire: Robert Grossmann a quant à lui lancé un "appel au sursaut aux Strasbourgeois".