UE : un sommet soumis aux aléas de la campagne électorale en Pologne
VARSOVIE (AFP) — Juste à la veille d'élections cruciales en Pologne, les jumeaux Kaczynski s'apprêtent à négocier les derniers détails du nouveau traité de l'Union européenne, d'autant plus durement qu'ils savent que leur stratégie d'affrontement avec l'UE est électoralement payante.
Certes, le pronostic est généralement favorable sur la possibilité d'obtenir vendredi à Lisbonne un accord sur un texte qui sortirait enfin de l'impasse le projet de Constitution européenne, tué par les électeurs français et néerlandais au printemps 2005.
"Il n'y a aucune raison de ne pas être optimiste", s'est félicité lundi le secrétaire d'Etat portugais aux Affaires européennes, Manuel Lobo Antunes, après une dernière réunion avec ses homologues. Même l'austère ministre des affaires étrangères polonaise Anna Fotyga a concédé: "Nous sommes très proches d'un compromis".
Mais, à Varsovie, de nombreux diplomates et analystes préfèrent rester prudents, tant les deux frères au pouvoir sont imprévisibles. Ils ont encore en mémoire les très dures négociations du dernier Conseil européen de juin. Les principaux dirigeants européens avaient alors dû tenir un sommet par téléphone jusque tard dans la nuit avec le Premier ministre Jaroslaw Kaczynski resté à Varsovie. Le chef des jumeaux conservateurs avait envoyé à Bruxelles son frère Lech Kaczynski, président de la République, mais il avait tout contrôlé à distance.
La Pologne avait alors arraché plusieurs concessions sur le système de vote dans les institutions européennes. Elle avait réussi à prolonger le système actuel, qui lui est plus favorable, jusqu'en 2014, voire 2017 sous certaines conditions. En outre, après 2017, une décision pourra encore être réexaminée pendant un "délai raisonnable" à la demande d'un groupe d'Etat membres en minorité.
Sur le papier, il n'y a plus qu'un détail à régler pour que les Polonais donnent leur feu vert au texte élaboré par la présidence portugaise.
La Pologne souhaite inscrire la clause du réexamen (baptisée Ioannina) dans le texte même du traité ou dans un protocole de même valeur juridique. Les autres pays veulent qu'elle fasse l'objet d'une simple déclaration annexe, d'une valeur juridique moindre.
"Le scénario probable est qu'ils vont faire un coup comme en juin à Bruxelles, afin de montrer qu'ils savent se battre pour les intérêts polonais", affirme un diplomate, "mais à la fin, ils finiront par accepter un accord, ils ne peuvent se permettre d'apparaître totalement isolés en Europe à deux jours des élections".
Il y a quelques jours, le président Lech Kaczynski a donné un peu de crédit à cette thèse en soulignant devant des journalistes français: "Souvent, certaines choses sont décidées à 3 heures du matin". D'autres sont moins sûrs et pensent que les deux frères sont prêts à tout si cela peut leur faire gagner les élections législatives anticipées de dimanche.
"C'est très difficile à dire, mais j'aurais tendance à penser qu'ils iront au clash", affirme Mikolaj Czesnik, un politilogue de l'Académie polonaise des sciences. "La campagne est très émotionnelle, et les éléments négatifs marquent plus que les positifs", ajoute-t-il.
Les tenants de cette thèse soulignent que les sondages ne sont pas aussi bons que l'espéraient les stratèges des Kaczynski dans la dernière ligne de la campagne. De manière inattendue, le chef de l'opposition libérale Donald Tusk a nettement battu le Premier ministre Jaroslaw Kaczynski dans un duel télévisé vendredi.
Du coup, les libéraux ont repris l'avantage dans les sondages. Mais le volant d'électeurs indécis reste très élevé. Les deux jumeaux pourraient donc être tentés de faire monter très haut les enchères pour démontrer leur bravoure à leur électorat patriotique.

