BRUXELLES (AFP) — Les Européens, convaincus qu'un compromis entre Serbes et Kosovars est impossible, veulent négocier avec les nouveaux dirigeants kosovars la façon dont ils proclameront leur indépendance afin qu'elle soit le moins contestable possible par Belgrade et Moscou.
Les ministres européens des Affaires étrangères, réunis à Bruxelles, devaient avoir lundi une longue discussion avec Wolfgang Ischinger, l'Européen qui préside la troïka UE/Russie/Etats-Unis qui mène depuis août d'ultimes négociations avec les Serbes et les Albanais du Kosovo pour trouver une solution mutuellement acceptable.
Mais comme l'avaient prédit de nombreux diplomates, la troïka a déjà "exploré presque toutes les options humainement connues" pour trouver un compromis sur le statut de la province indépendantiste, sans succès, a expliqué lundi M. Ischinger devant quelques journalistes.
Il a semblé exclure qu'une solution puisse être trouvée lors des deux dernières séances de négociations encore prévues, mardi à Bruxelles puis peut-être lundi prochain à Vienne.
"Personne ne pourra dire que ces négociations n'auront pas été significatives et intenses", a ajouté M. Ischinger. "Nous avons vraiment creusé les choses (...) Je dis cela parce que certains pourraient être tentés de dire : continuons les négociations".
M. Ischinger semble ainsi écarter la possibilité que ces pourparlers se prolongent après leur fin prévue le 10 décembre, comme le voudrait Moscou. Et annoncer la prochaine étape d'un scénario envisagé depuis des mois, mais redouté par beaucoup de pays européens : la définition des conditions selon lesquelles la plupart des pays membres de l'Union européenne seront prêts à reconnaître une proclamation unilatérale d'indépendance par les Kosovars malgré l'hostilité des Russes.
"On est en train de tout faire pour convaincre les Kosovars de ne pas procéder à une déclaration unilatérale d'indépendance sans l'appui de la communauté internationale", a reconnu le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, à son arrivée à Bruxelles.
"Il va y avoir une discussion au sein de l'UE pour vérifier que nous savons ce sur quoi nous voulons que les Kosovars s'engagent avant que nous soyions prêts à aller de l'avant avec ce scénario" de déclaration unilatérale d'indépendance par les Kosovars, a précisé un diplomate européen proche des discussions.
Les 27 veulent "travailler" avec le nouveau leader kosovar Hashim Thaci , sorti vainqueur des législatives au Kosovo dimanche, "pour mettre au point un calendrier approprié", a-t-il expliqué.
Une des incertitudes est de savoir si l'ex-guerillero, qui a promis une indépendance rapide lors de la campagne électorale, voudra et pourra convaincre les Kosovars qu'il faut attendre le feu vert des Occidentaux pour déclarer l'indépendance.
"Thaci doit comprendre la différence qu'il y a entre être un homme politique dans l'opposition et être un Premier ministre responsable", a estimé le ministre suédois Carl Bildt, médiateur très actif dans les Balkans dans les années 90, à son arrivée à Bruxelles.
"Le Kosovo est de fait indépendant de la Serbie, mais je ne crois pas que le Kosovo veuille être indépendant de la communauté internationale", a-t-il argumenté.
Les Européens espèrent qu'une bonne "coordination" avec les Kosovars permettra d'éviter des "provocations" qui pourraient embraser à nouveau cette région des Balkans, où la tension est déjà montée ces dernières semaines avec la crise politique entre Serbes et Croato-Musulmans en Bosnie.
Ils espèrent aussi qu'elle empêchera les Serbes et surtout les Russes d'empêcher le bon déroulement de ce scénario.
"Il est clair que la Russie va être mécontente, presque aussi mécontente que la Serbie avec une partie de ce scénario. Mais rien n'indique qu'elle souhaite contribuer à un scénario d'escalade" des tensions dans la région, a assuré un diplomate européen.
Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus »
