Bordeaux: une nuit de rêve, mais faut pas rêver

BORDEAUX (AFP) — Bordeaux, 2e plus menaçant que jamais sur les talons de Lyon, veut résister à la griserie malgré sa nuit de rêve à Monaco (6-0): il lui suffit de repenser au scénario aberrant à Louis-II, à son irrégularité pas résorbée, ou au marathon qui peut faire grincer son effectif.

- Un potentiel à ambition, pas illusion. Avec son onze majeur (moins Fernando et Planus convalescents), Cavenaghi bouillant (8 buts en 6 matches), Wendel créateur et Bellion passeur en attendant de redevenir buteur (11 mais rien depuis un mois), Bordeaux peut faire mal et le sait. Il sent aussi que les roulements affectent le rendement, comme il y a peu à Lorient ou Anderlecht. Et que trois tableaux (L1, C3, Coupe de France) vont tirer sur la corde de l'ensemble, avec 7 matches sur 21 jours en mars si Bordeaux passe l'écueil Anderlecht. "On a envie d'être champions, oui. Mais on ne peut pas dire qu'on va être champions", pose Cavenaghi, illustrant le funambulisme entre ambition et raison. "Je n'aime pas donner du rêve aux gens", assénait Blanc cette semaine. "Il y en a qui prennent plaisir à faire rêver les gens, mais quand le rêve ne se réalise pas, on a de grosses déceptions, désillusions".

- Trompe l'oeil. Un score historique à l'extérieur -les précédents: un 5-0 à Nantes en 2000, 6-1 à Ajaccio en 2003. Un match "pratiquement parfait" (Micoud) avec réussite insolente en 2e période. Mais ce 6-0 ne doit pas faire oublier le scénario incroyable de la soirée, avec le coaching manqué (sortie d'un milieu défensif, expulsion de l'autre). Ni le sentiment d'une ASM "désemparée", comme remarqua Obertan, donnant "l'impression de laisser filer le match", comme regretta Roma. Ni, enfin, que la 1re période terne fut dans la lignée de récentes sorties de Bordeaux, à Anderlecht (défaite 2-1), contre Metz (malgré le 3-0), à Lorient (défaite 1-0), au contenu pauvre déploré par Blanc lui-même.

- Le carton qui change tout ? Aux rivaux, il porte un coup "psychologique" dont convenait l'entraîneur, pour toute sa prudence. A Bordeaux, il donne un +plus+ de confiance: une équipe qui construit et se voit récompensée, génère en retour de l'adhésion au jeu proposé. Ce qui va changer aussi, c'est le projecteur médiatique sur les Girondins "par la position qu'on occupe au classement, et par cette attente d'avoir une équipe qui arrive enfin à concurrencer Lyon", convient Blanc. "Je ne veux pas que cet environnement nous amène à oublier qu'on n'est pas encore une grande équipe. On en est loin".

- Les cartons qui changent tout ? Au festival de Monaco, les Bordelais ont tout de même laissé des plumes, dans un secteur défensif bientôt sinistré. La "sentinelle" Diarra, le plus utilisé en L1 (24 titularisations) et le défenseur Henrique, avertis, seront absents pour recevoir le PSG dans dix jours, Jurietti est, pour 6 matches, sous la menace d'une suspension. Avec Planus gêné par ses adducteurs, Fernando et Jemmali en reprise, les deux semaines à venir vont être, défensivement, très compliquées pour Blanc.

- Lille en arbitre, puis Lyon en duel. Avec un timing parfait, les Girondins reviennent à un point de l'OL, prêts à bondir sur le leader, au moment même où le calendrier les voit recevoir deux fois (Lille dimanche puis PSG le week-end suivant). On voit mal un coup d'Etat girondin lors de la 26e journée (Lyon recevra Metz), mais quid de la 27e, quand le LOSC recevra Lyon ? En attendant un certain Lyon-Bordeaux (28e) pour voir qui est le patron: à l'aller en octobre, il n'y avait pas eu photo: 3-1 pour l'OL. Ce souvenir-là, cuisant, nourrit aussi l'humilité ambiante à Bordeaux.