Extension du mouvement de grève des salariés sans-papiers

PARIS (AFP) — Le mouvement de protestation de salariés sans papiers en Ile-de-France s'est étendu ce week-end avec plus de 500 grévistes dans la restauration, la sécurité ou le secteur du nettoyage, obtenant un soutien large allant de la gauche aux syndicats patronaux.

Selon Droits Devant! et la CGT qui ont lancé le mouvement le 15 avril, quelque 530 sans-papiers, pour la plupart originaires d'Afrique de l'Ouest et travaillant parfois depuis plusieurs années en France, sont désormais en grève.

Quinze sites à Paris et sa région étaient concernés dimanche, a précisé à l'AFP le porte-parole de Droits Devant! Jean-Claude Amara.

Samedi, neuf salariés d'un restaurant de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) où Nicolas Sarkozy avait ses habitudes ont rejoint le mouvement.

Outre les secteurs de la restauration, de la sécurité et du BTP, M. Amara a affirmé que des salariés sans papiers du nettoyage avaient grossi les rangs des grévistes. "Ils sont maintenant pas loin de 200", issus d'une trentaine d'entreprises de nettoyage, a-t-il dit.

Pour M. Amara, Xavier Bertrand (Travail) est le "seul et unique interlocuteur". "Ce n'est pas une histoire d'immigration, de répression (qui serait du ressort du ministre de l'Immigration Brice Hortefeux, ndlr), c'est d'abord une histoire de travailleurs, de droit du travail. Il y a le mot +travailleur+ avant le mot +sans-papiers+", a-t-il ajouté.

M. Bertrand a réaffirmé dimanche la position exprimée dès mardi par le ministère de l'Immigration, à savoir qu'il appartient "aux préfets d'apprécier au cas par cas, les demandes de régularisation qui lui sont adressées", l'article 40 de la loi du 20 novembre 2007 "s'engageant à prendre la capacité d'intégration en France d'un certain nombre de travailleurs ayant des compétences particulièrement recherchées sur le marché du travail".

En outre, une circulaire du 7 janvier dernier, laissée à l'appréciation des préfets, offre une possibilité de régularisation à condition que les salariés travaillent dans un secteur "en tension" et soient sous contrat ferme d'un an minimum.

Or, les secteurs concernés par ce mouvement sont confrontés à une pénurie de main d'oeuvre. Ce qui explique le soutien apporté aux grévistes par les organisations patronales de l'hôtellerie et de la restauration.

Il y aurait en France entre 200 et 400.000 étrangers en situation irrégulière, dont l'immense majorité travaille.

La FSU, qui soutient le mouvement, en a appelé samedi à MM. Bertrand et Hortefeux, exigeant d'eux l'ouverture "immédiate" de négociations avec les syndicats et associations de défense des travailleurs immigrés "pour permettre les régularisations comme l'ont fait la Grèce, l'Espagne, l'Italie sans que cela nuise à leur économie bien au contraire".

Pour la FSU, "il appartient (aux deux ministres) de faire cesser cette hypocrisie, ce déni de droits".

Samedi, lors d'une visite en Seine-Saint-Denis, Fadela Amara (Ville), s'est dite "pour la régularisation des travailleurs sans papiers".

Ce mouvement a élargi dimanche sa palette de soutiens, avec celui de Jean-Christophe Cambadélis (PS) qui a annoncé avoir proposé à ses collègues parlementaires "une action de solidarité" avec les grévistes, après ceux du PCF de Arlette Laguiller (LO), des Verts, de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) et de SOS racisme.

A Lille, 32 étrangers en situation irrégulière ont entamé samedi une marche de protestation. Réclamant la régularisation de tous les sans-papiers, ils se sont dits prêts à rallier Paris à pied.