ROME (AFP) — La police italienne a annoncé jeudi les résultats d'une importante opération contre le crime liée à l'immigration clandestine, illustrant la politique de fermeté que le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi entend mener en matière de sécurité.
Le directeur de la police anticriminelle Francesco Gratteri a fait état de l'arrestation de 383 personnes, dont 268 étrangers, essentiellement originaires de Roumanie et des pays du Maghreb, entre le 7 et le 15 mai, lors d'une conférence de presse.
Les personnes arrêtées sont soupçonnées de trafic de drogue, exploitation de l'immigration clandestine, vols et proxénétisme, a précisé le responsable.
Alors que les Tziganes notamment de Roumanie sont dans la ligne de mire du nouveau gouvernement, Francesco Gratteri a assuré que la lutte contre la criminalité "n'était pas dirigée contre une catégorie de personnes en particulier et qu'elle pouvait aussi bien viser un Italien qu'un ressortissant de l'Union européenne ou un non-Européen".
Une cinquantaine de personnes, essentiellement originaires du Nigeria et d'Albanie, ont été immédiatement expulsées après avoir été interpellées, tandis que 65 autres (majoritairement du Maghreb et du Nigeria) ont été dirigées vers des centres de rétention le temps de vérifier leur identité.
Alors que le ministère de l'Intérieur annonçait les résultats de cette opération, la police municipale de Rome procédait à des contrôles d'identité dans le plus grand camp nomade de la capitale et interpellait une cinquantaine de personnes, selon l'agence Ansa.
"Ces opérations sont le signe du nouveau climat d'intolérance qui s'est instauré à l'égard des étrangers. La recherche de la sécurité doit toujours être accompagnée d'un objectif d'intégration. Nous sommes préoccupés", a déclaré à l'AFP Daniela Pompei de la communauté catholique Sant'Egidio.
Au moins deux campements de Tziganes ont été la cible de cocktails Molotov qui ont déclenché des incendies mardi et mercredi dans la banlieue de Naples (sud), contraignant leurs habitants à prendre la fuite. Il s'agissait d'une opération de représailles après qu'une jeune Rom eut été arrêtée le week-end dernier pour tentative de rapt d'un bébé.
Pendant la campagne électorale, la droite italienne a exploité plusieurs faits divers mettant en cause des Roumains et tenu un discours sécuritaire.
Le principal allié de Silvio Berlusconi, la Ligue du nord, un parti xénophobe, dont un responsable, Roberto Maroni, est devenu ministre de l'Intérieur, a constamment fait l'amalgame entre criminalité et immigration clandestine.
M. Maroni a assuré jeudi soir qu'il n'y aurait pas d'"expulsions de masse", à l'issue d'une rencontre avec son homologue roumain Cristian David, annonçant la création d'un groupe de travail mixte pour traiter des questions d'immigration et de criminalité.
Parmi les mesures du "plan sécurité" en préparation figure notamment l'obligation de disposer d'un revenu minimum d'origine légale et d'un logement décent, sous peine de rapatriement dans le pays d'origine, une disposition qui vise avant tout les Tziganes.
Quelque 160.000 Roms vivent en Italie: 90.000 sont originaires d'Europe centrale et de l'est, dont 60.000 de Roumanie, selon une estimation de l'association d'aide à cette communauté, Opera Nomadi.
Pour les étrangers non ressortissants de l'UE, M. Maroni veut également créer un délit d'immigration clandestine puni de 6 mois à 4 ans de prison et assorti d'une mesure d'expulsion immédiate.
Il souhaiterait aussi limiter les possibilités de regroupement familial par le biais des tests ADN et construire de nouveaux centres de rétention.
Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus »
