Michoutouchkine et Pilioko: une vie dédiée à l'art en Océanie
NOUMEA (AFP) — Ils ont consacré 50 ans de leur vie à l'art du Pacifique: à Nouméa, le Centre culturel Tjibaou rend hommage à un couple emblématique du renouveau artistique de cette région, le Français d'origine russe Nicolaï Michoutouchkine, et son compagnon wallisien, Aloï Pilioko.
"Dans les années 50-60, on disait qu'il n'y avait plus de création dans le Pacifique, nous avons réussi à prouver le contraire", assure Nicolaï Michoutouchkine, 76 ans, artiste-peintre au visage solaire et regard émeraude.
"L'art océanien a inspiré une grande partie de l'art moderne, de nos peintres et sculpteurs contemporains, de Picasso à Max Ernst. C'est ce qui a donné ce choc à ce nous appelons art moderne", poursuit-il.
Si l'ouverture en 2006 du musée des Arts Premiers du Quai Branly ravit ce natif de Belfort, il se félicite surtout de l'existence depuis 1998 du Centre culturel Tjibaou (CCT), dernier des grands travaux de François Mitterrand, qui se veut un pôle culturel régional.
"Avant, tout devait passer par Paris pour exister. Grâce à cet établissement à Nouméa, cette partie du monde devient un centre", se félicite-t-il.
Avec près de 120 oeuvres -aquarelles, acryliques, tapisserie, encres, peinture sur nattes-, l'exposition rétrospective très colorée du Centre Tjibaou, jusqu'en février 2008, retrace le compagnonnage créatif de Michoutouchkine et Pilioko, parmi les artistes les plus côtés du Pacifique.
"Pilioko, au style naïf, est le premier artiste moderne des îles Wallis et Futuna et le premier artiste océanien à jouir d'une renommée internationale", souligne Gilbert Bladinières, commissaire de l'exposition.
Promoteurs de l'art contemporain dans toute l'Océanie, grâce à des ateliers où des résidences d'artistes au Vanuatu où ils sont installés, les deux hommes ont aussi fait connaitre la production traditionnelle dans le monde entier.
"Ils possèdent une collection de quelque 700 objets d'art traditionnel océanien, l'une des plus vastes au monde. Pendant 15 ans, elle a été présentée lors de 120 expositions autour de la planète, en Russie, au Canada, au Japon, en Europe...", explique M. Bladinières.
En 2006, l'essentiel de cette collection a rejoint le Nusa Dua museum de Bali en Indonésie.
Fils d'un modeste couple d'émigrés russes, Nicolaï Michoutouchkine, d'abord formé à l'atelier de la Grande Chaumière à Paris, a largué les amarres à 24 ans pour un tour du monde sans un sou en poche.
Après quatre années de périple, l'artiste globe-trotteur, rattrapé par ses obligations militaires, rejoint Nouméa, où il fait la connaissance d'un jeune wallisien, amateur de dessin, Aloï Pilioko.
Les deux hommes ne se quitteront plus. Leur nomadisme artistique a pris sa source dans la petite île de Futuna où pendant deux années Nicolaï s'imprégne des couleurs et du mode de vie océaniens tandis que le discret Aloï affirme son trait.
Aujourd'hui, le couple vit à Port-Vila au Vanuatu dans son "anti-musée". Sorte d'Eden tropical, ce lieu atypique ouvert à tous permet aux visiteurs de s'immerger dans la culture océanienne.
"Notre compagnonnage a été d'une très grande richesse. L'exposition à Nouméa est une page de notre itinérance qui se tourne, avant de partir vers un monde meilleur", déclare Nicolaï Michoutouchkine.

