Plus de 40 morts et 12.000 déplacés dans des violences au Darfour

KHARTOUM (AFP) — Plus de 40 personnes ont été tuées et 12.000 déplacées dans le sud du Darfour lorsque des miliciens arabes ont attaqué une série de villages, ont indiqué samedi l'ONG Human Rights Watch (HRW) et des travailleurs humanitaires.

Le nombre exact de victimes et l'étendue des dégâts restent toutefois difficiles à établir, les missions humanitaires ne pouvant accéder à la zone où les violences se sont produites, autour de Mouhagiriya, à l'est de la capitale de l'Etat du Darfour sud, Nyala.

"Au moins 15 villages ont été attaqués et brûlés, et environ 12.000 (personnes) déplacées", a affirmé un travailleur humanitaire à l'AFP sous le couvert de l'anonymat.

Human Rights Watch a pour sa part indiqué que 40 civils avaient été tués entre le 5 et le 17 octobre et que des milliers d'autres avaient fui.

HRW cite des sources locales non identifiées, affirmant que des miliciens arabes appuyés par le gouvernement de Khartoum avaient attaqué plus de 13 villages autour de Mouhagiriya, incendiant des maisons et volant du bétail lors d'opérations contre des groupes rebelles.

"J'ai eu accès à des informations (faisant état) de 40 à 70 morts. Il y a eu des estimations faites là-bas mais probablement pas assez pour être sûrs du nombre de personnes tuées", a dit un autre travailleur humanitaire, lui aussi sous le couvert de l'anonymat.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dit être venu en aide début octobre à plus de 4.000 personnes déplacées par des affrontements pour du bétail dans la zone de Mouhagiriya, dans les villages de Sinet et Shabab.

"Nous avons fourni des matelas, des vêtements et des bâches à plus de 4.000 personnes, et notamment à des personnes âgées et des handicapés", a déclaré Juan Carlos Carrera, le responsable du CICR qui a supervisé la distribution.

Le 12 octobre, des membres du Mouvement de libération du Soudan (SLM), groupe rebelle profondément divisé qui s'est soulevé contre le gouvernement en 2003, avaient accusé les milices arabes d'avoir attaqué des villages dans le sud du Darfour.

HRW a estimé que les récents combats, non seulement dans le sud mais aussi dans le nord du Darfour, soulignaient l'incapacité de la mission de paix de l'Union africaine et de l'ONU (Minuad) à protéger les civils.

Des responsables à Nyala et dans l'armée soudanaise n'étaient pas joignables.

Le président soudanais Omar el-Béchir, menacé d'un mandat d'arrêt international pour "génocide" au Darfour, a lancé mi-octobre une initiative pour la paix dans cette province en guerre civile, lors d'une cérémonie à laquelle n'assistaient pas les groupes rebelles.

Son régime s'est démené au niveau diplomatique pour convaincre le Conseil de sécurité de l'ONU de geler d'éventuelles poursuites internationales contre lui.

Selon des responsables d'associations humanitaires, les combats opposent la tribu des Maaliya (Arabes) à celle des Zaghawa (Africains), et les milices arabes aux rebelles du SLM. Ces sources disent cependant ne pas savoir si les Arabes agissent indépendamment du gouvernement ou non.

La Minuad a dit avoir organisé plusieurs réunions de réconciliation entre tribus notamment pour régler les problèmes relatif au bétail, et pas seulement entre les Maaliya and les Zaghawa.

Le conflit au Darfour a fait jusqu'à 300.000 morts depuis 2003, selon l'ONU, quelque 10.000 selon Khartoum.