PARIS (AFP) — Les personnes âgées de plus de 65 ans consomment trop de somnifères, tranquillisants ou neuroleptiques et souvent à mauvais escient, selon une vaste enquête menée par la Haute autorité de santé (HAS) et rendue publique mardi.
Un programme sur quatre ans a été lancé en 2007 par la HAS, visant à améliorer les pratiques de prescription et l'usage des médicaments psychotropes par les personnes âgées. "La France est le premier pays au monde pour la consommation de psychotropes", a rappelé Armelle Desplanques, responsable de l'unité des programmes pilotes à la HAS.
Les psychotropes sont de plusieurs types: somnifères ou tranquillisants (essentiellement les benzodiazépines), antidépresseurs, ou encore neuroleptiques, qui réduisent les symptômes graves liés à certaines maladies comme la schizophrénie.
La HAS a réalisé un état des lieux chiffré -le premier du genre, selon elle- en rassemblant les données fournies par les trois régimes différents de l'Assurance maladie (général, agriculteurs, indépendants). Sans aborder le cas des malades hospitalisés, elle a pu ainsi étudier le cas de 97% de la population française de plus de 65 ans, soit près de 10 millions de personnes.
Pour combattre l'insomnie, l'anxiété ou des affections y ressemblant, 32% des plus de 65 ans et près de 40% des plus de 85 ans se sont vu prescrire un hypnotique ou un anxiolytique entre septembre et décembre 2007, selon la HAS.
"Il y a excès de prescription", estime le Dr Desplanques.
Selon elle, en matière d'insomnie, "il y a beaucoup de plaintes mais très peu sont avérées, et très peu nécessiteraient la prescription de somnifères, et pas pour longtemps". Quant à l'anxiété, "les signes cachent souvent une dépression", estime la HAS, pour qui même en cas de "trouble anxieux caractérisé" la prescription de tranquillisants "n'est pas recommandée".
Contre la dépression, 13% des plus de 65 ans et 18% des plus de 85% se sont vus en 2007 "prescrire régulièrement des antidépresseurs", des chiffres dont la HAS ignore s'ils sont trop ou pas assez élevés.
"Il y a souvent confusion entre blues, déprime, et dépression", note le Dr Desplanques, qui rappelle que "nombre de dépressions graves ne sont pas diagnostiquées", une des explications au niveau de suicide élevé, 1.800 par an chez les plus de 75 ans.
Concernant les troubles du comportement, 3% des plus de 65 ans et près de 6% des plus de 85 ans et 18% chez les personnes souffrant de maladie d'Alzheimer ont eu "de façon régulière" une prescription de neuroleptiques.
Or, selon la HAS, il ne faut pas confondre troubles chroniques des malades d'Alzheimer et épisodes aigüs de confusion. Ces derniers peuvent être réduits par une sédation médicamenteuse "de courte durée". Mais la prescription de neuroleptiques au long cours "n'est pas indiquée dans les troubles du comportement", affirme la HAS.
Les malades d'Alzheimer devraient bénéficier plutôt des soins de "psychomotriciens ou ergothérapeutes", selon Benoît Lavallart, de la mission de pilotage du plan Alzheimer.
Des expériences visant à limiter l'usage des psychotropes ont été menées avec succès, notamment dans les Ardennes, par l'équipe du Dr Jean-Pierre Hilly.
Ainsi 102 personnes de 74,5 ans d'âge moyen, prenant des benzodiazépines depuis 1 à 40 ans, ont été incitées à arrêter ou diminuer les doses: 53% d'entre elles ont cessé leur usage depuis 18 mois, 22% ont considérablement réduit les doses.
Selon le Dr Hilly, certains patients ont réussi dans le même temps à réduire aussi leur consommation d'autres médicaments.
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