Cinq Marocains visés par des mandats d'arrêt dans l'affaire Ben Barka

PARIS (AFP) — Le dossier de la disparition en 1965 à Paris de l'opposant marocain Medhi Ben Barka a connu lundi un nouveau développement avec la mise en cause de cinq Marocains, dont un haut responsable, le jour où le président Nicolas Sarkozy entamait une visite d'Etat de trois jours au Maroc.

Le juge Patrick Ramaël, qui instruit le dossier de la disparition de l'opposant marocain, a signé cinq mandats internationaux visant notamment le puissant chef de la gendarmerie royale, a-t-on appris lundi de source proche du dossier.

Ce nouveau développement a été révélé par France 3 qui a assuré lundi soir que cinq mandats d'arrêt avaient été délivrés visant : le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale; Abdelkader Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements militaires); Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l'un des membres présumés du commando marocain qui a enlevé l'opposant marocain; Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultra secrète; Abdlehak (bien Abdelhak) Achaachi, également agent du Cab 1.

Toutefois la délivrance des mandats d'arrêts internationaux doit entamer un parcours susceptible de traîner en longueur, tout comme cette affaire qui a débuté il y aura 43 ans dans quelques jours.

Des sources proches du dossier ont affirmé à l'AFP que les mandats d'arrêt avaient été bien signés par le juge mais pas délivrés car ils doivent recevoir le feu vert de la Chancellerie, ce qui n'est pas pour le moment le cas.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole de la Chancellerie Guillaume Didier a déclaré qu'"à ce jour aucun mandat d'arrêt n'est parvenu au ministère de la Justice", se refusant "à tout autre commentaire sur ce dossier".

De source proche du dossier, on a précisé à l'AFP que le parquet lui-même n'avait pas encore été saisi des intentions du juge, même si, au parquet "on savait que cette décision du magistrat était dans les tuyaux".

S'il vient à être saisi, le parquet devra communiquer le dossier au parquet général auquel il appartiendra à son tour de le transmettre à la Chancellerie.

Si, une fois saisi, le ministère de la Justice "donnait le feu vert" à la demande du juge Ramaël, il saisirait alors le Bureau central national, émanation en France d'Interpol pour exécution. C'est seulement alors que les mandats d'arrêt internationaux seraient délivrés.

L'avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin a déclaré à l'AFP que "c'était une bonne chose que le juge ait délivré ces mandats d'arrêt internationaux. Moi-même, représentant la partie civile, et le juge sommes excédés par le lenteur de la justice marocaine sur cette affaire".

"Cela fait 42 ans que cela dure et il fallait agir", a conclu Me Buttin.

Ce nouvel épisode d'une affaire qui avait marqué les débuts de la Ve République survient alors que la signature de deux contrats entre la France et le Maroc viennent d'être annoncés à l'arrivée de M. Sarkozy au Maroc : la vente d'une frégate polyvalente et la signature d'un protocole d'accord pour la réalisation d'une ligne de train à grande vitesse (TGV) entre Tanger et Casablanca.

Ben Barka, leader de l'opposition marocaine en exil et figure emblématique du tiers-mondisme, a disparu le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à Paris lors d'une opération menée par les services du roi Hassan II du Maroc avec la complicité de policiers et de truands français.

Cette affaire retentissante n'a jamais été totalement élucidée malgré deux instructions judiciaires : le corps de Ben Barka n'a toujours pas été retrouvé et les conditions de sa mort n'ont pas été établies.