Municipales, cantonales : la "rupture" de Sarkozy à l'épreuve des urnes

PARIS (AFP) — Moins d'un an après l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, les élections municipales et cantonales de mars 2008 seront pour le président l'occasion de jauger, dans les urnes, le degré d'adhésion à sa politique de "rupture" et à ses réformes.

Ces scrutins dont les dates, concomitantes, n'ont pas encore été arrêtées, prendront donc valeur de test national, même si les considérations locales devraient prévaloir dans la majorité des municipalités et des cantons.

Ils devaient se tenir en 2007, mais ont été différés d'un an en raison de leur proximité avec les élections présidentielle et législatives.

Après la nette victoire de l'UMP à ces élections nationales, la droite entend éviter un retournement de l'opinion qui ne manquerait pas d'être interprété comme une forme de désaveu. A l'inverse, la gauche entend bien tirer profit de ces scrutins locaux pour se remettre en selle.

A six mois de l'échéance, les deux camps sont donc déjà mobilisés.

Le scrutin municipal sera évidemment le plus observé, notamment dans les plus grandes villes. Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux ou encore Strasbourg et Montpellier seront particulièrement attendus. Mais l'élection se jouera aussi dans de nombreuses villes moyennes.

La gauche et principalement le PS, qui avait perdu 56 villes de plus de 30.000 habitants lors des précédentes municipales en 2001, espère bien en récupérer une partie, tout en conservant ses places fortes emblématiques que sont Paris et Lyon.

C'est en effet dans les villes que Ségolène Royal et les candidats PS avaient fait leurs meilleurs scores lors des scrutins de 2007, parfois à l'inverse des résultats des départements.

Si la sociologie des centres urbains - composés d'actifs, de jeunes, de diplômés, le coeur de l'électorat PS aujourd'hui - favorise la gauche, elle n'est toutefois pas synonyme de victoire.

"L'interaction entre les législatives et les municipales est relativement faible", assure Jean-Daniel Lévy, directeur d'études à l'institut CSA. "Aux municipales, on vote pour un maire, pour son image, son projet, l'appréciation qu'on a de son action passée ou à venir", explique-t-il. Et souvent le soutien va bien au-delà du camp politique auquel on appartient.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'UMP entend placer sa campagne des municipales sous le signe de l'ouverture, en rassemblant largement sur ses listes non seulement des centristes, mais aussi des personnalités venus de la gauche, de l'écologie ou de la société civile.

En transposant et élargissant ainsi au niveau local ce qu'a fait Nicolas Sarkozy au niveau gouvernemental, le parti au pouvoir entend laisser le moins d'espace possible à la gauche.

D'autant qu'après la débâcle des scrutins de 2007, celle-ci est loin d'avoir retrouvé une cohérence et une unité, malgré des "retrouvailles" un peu forcées sur la tribune de la fête de l'Humanité.

Si le principe de listes de rassemblement avec les anciens partis de la gauche plurielle est acquis, sa traduction sur le terrain risque d'être plus compliquée. D'autant que PS et PCF pourraient se trouver en situation de rivalité dans certaines villes de la région parisienne. Quant aux radicaux de gauche, tout dépendra de leur réponse aux sollicitations de l'UMP.

Reste enfin la question des centristes du MoDem. François Bayrou a réaffirmé que l'indépendance restait la ligne du mouvement. Mais sur le terrain, l'histoire et la personnalité des adhérents MoDem pourrait les conduire à des alliances à géométrie variable.

Quel que soit leur résultat, les municipales risquent d'éclipser l'autre scrutin de mars 2008, les cantonales. Après ses succès de 2001 et surtout 2004 la gauche contrôle une majorité de départements (51 sur 101). Une situation que la droite entend bien renverser en retrouvant sa suprématie.