PARIS (AFP) — "Mon meilleur ennemi" de Kevin MacDonald part sur les traces du nazi Klaus Barbie et montre comment "Le Boucher de Lyon" s'est reconverti dans l'après-guerre en agent du contre-espionnage américain, puis en conseiller de la dictature bolivienne.
Après le succès mondial du "Dernier roi d'Ecosse", portrait du dictateur ougandais Idi Amin Dada qui a valu à Forest Whitaker l'Oscar du meilleur acteur en février, Kevin MacDonald revient au documentaire.
Dans une filmographie déjà longue, le jeune cinéaste a signé "Un jour en septembre" (1999) sur la prise d'otages aux Jeux Olympiques de 1972 et de nombreux portraits, notamment ceux du cinéaste Howard Hawks, du musicien Mick Jagger ("Being Mick") et du scénariste Emeric Pressburger.
Kevin MacDonald avait tout d'abord envisagé de tourner un film sur Jacques Vergès, l'avocat de Barbie, auquel Barbet Schroeder a consacré le palpitant documentaire "L'avocat de la terreur", présenté au dernier Festival de Cannes et produit par la même productrice, Rita Dagher.
"J'ai eu un entretien avec Me Jacques Vergès. C'est un personnage intéressant, plein d'ironie, qui cherche en permanence à vous échapper et je ne voyais pas très bien comment le cerner... c'est alors que j'ai commencé à m'intéresser énormément à Barbie", explique Kevin MacDonald dans un entretien à l'AFP.
"J'admire +Hôtel Terminus+, le film que Marcel Ophüls lui a consacré, et je me demandais: +Que peut-on encore découvrir sur ce personnage ?+", poursuit-il.
"J'ai décidé d'adopter une perspective totalement différente et de faire des recherches sur la vie de Barbie en Amérique latine, sur son implication avec la CIA et la dictature militaire bolivienne", dit Kevin MacDonald.
Le film brosse toutefois un portrait complet du responsable de la gestapo de Lyon, réputé pour sa cruauté lors des interrogatoires, à travers images d'archives et témoignages.
Mais Kevin MacDonald le suit surtout à partir de sa fuite en Allemagne dès 1944, puis dans l'immédiat après-guerre et la période trouble - et très peu documentée - de la naissance du contre-espionnage américain.
Klaus Barbie bénéficie alors de la protection des Etats-Unis, qui l'engagent comme agent chargé de la lutte anti-communiste, explique le film, et en 1951 les services du renseignement américain organisent son exil en Bolivie.
Là sous le faux nom d'Altmann - emprunté au rabbin de sa ville d'origine, dit le film -, il dirige une scierie, puis se lance dans le commerce de la quinine, avant de nouer un réseau de relations avec d'ex-généraux allemands.
Après le coup d'Etat de 1964, affirme "Mon meilleur ennemi", Klaus Barbie qui est très lié avec les militaires au pouvoir, forme des groupes paramilitaires anti-communistes et crée, dans un pays sans accès à la mer, la compagnie maritime Transmaritima Boliviana, qui sert de couverture au trafic d'armes.
Le documentaire de Kevin MacDonald devient alors véritablement passionnant car il documente la période la moins connue de la vie de Klaus Barbie avec des témoignages inédits de journalistes, d'activistes de gauche, d'ex-militaires et de proches.
"On nous apprend que le fascisme a été vaincu après la Seconde guerre mondiale, mais dans les faits le fascisme a continué d'être utilisé par les vainqueurs pour construire le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui", estime Kevin MacDonald.
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