STRASBOURG (AFP) — Pas moins de trois membres du gouvernement se sont déplacés vendredi au Congrès de la plus grosse fédération écologiste de France pour tenter de calmer les inquiétudes sur la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement, qui entre dans une phase cruciale cinq mois après l'annonce de cette révolution verte.
"Je ne crois pas que ce soit très fréquent qu'un ministre de l'Agriculture participe à votre congrès", a lancé Michel Barnier devant les membres de France nature environnement (FNE - 3.000 associations) réunis à Strasbourg.
"C'est très important que le ministre de l'Agriculture et celui de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, avec la secrétaire d'Etat Nathalie Kosciusko-Morizet, soient avec vous aujourd"hui", a-t-il déclaré. "L'affrontement un peu schématique entre agriculteurs et écologistes n'a pas vraiment de sens".
Nathalie Kosciusko-Morizet a rendu hommage à la FNE en soulignant que la force de cette organisation résidait dans "son ancrage dans les territoires": "Nous avons besoin d'organisations qui, quand elles parlent à Paris, parlent pour toutes les associations qui sont derrière", a-t-elle jugé.
La FNE, qui fête son 40e anniversaire, estime que le Grenelle de l'environnement a donné un "coup de fouet" aux mouvements associatifs. "Trois ministres, c'est une reconnaissance du mouvement", souligne Arnaud Gossement, son porte-parole.
Au-delà, le gouvernement a surtout besoin que les acteurs du Grenelle restent mobilisés alors que le processus entre dans une phase à hauts risques.
La loi sur les OGM, premier test législatif du Grenelle, doit être présentée début avril à l'Assemblée nationale tandis que la loi d'orientation sur le Grenelle devrait l'être avant l'été.
Les représentants des quatre collèges - collectivités territoriales, ONG, employeurs et syndicats - participant au Grenelle aux côtés de l'Etat, se sont inquiétés cette semaine d'une possible dilution, sous la pression des lobbies, des 268 mesures adoptées fin octobre (transports, isolation des bâtiments, construction, agriculture bio etc.).
Un participant à la réunion du Comité de suivi du Grenelle, jeudi soir au ministère de l'Ecologie, a évoqué un "climat de sinistrose".
"Il y a un risque que le processus puisse être entravé", a averti vendredi Nicolas Hulot devant la FNE, insistant cependant qu'à "ce stade, ça tient du miracle que le processus du Grenelle n'ait pas trébuché".
Il a appelé les députés à "la responsabilité": il ne s'agit pas de "voter les yeux fermés le Grenelle mais d'avoir un esprit constructif, de ne pas tuer l'espoir au moment crucial où la France va prendre la présidence de l'Union européenne", a-t-il expliqué.
"La légitimité du Grenelle passe par des mesures législatives", a fait valoir Nathalie Kosciusko-Morizet. Même si "c'est un peu inquiétant pour les participants au Grenelle de voir s'ouvrir à nouveau le débat", a-t-elle ajouté en souhaitant éviter des "procès d'intention aux députés et aux sénateurs".
Le Grenelle a déjà commencé de se traduire dans les faits, a rappelé Jean-Louis Borloo: "Si nous-mêmes nous ne défendons pas ce processus (du Grenelle), qui va le défendre?" a-t-il lancé à la salle.
Il a évoqué le bonus écologique pour les voitures émettant moins de 130 gr Co2/km - dont il assure qu'il a déjà suscité une hausse de 35% des ventes, ainsi qu'une baisse de 45% pour celles émettant plus de 160gr. Il a également cité l'accord avec la grande distribution, qui prévoit une hausse de 15% par an de la part du bio dans les rayons, ou le gel des cultures de maïs OGM MON810.
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