Malgré la controverse, les chasseurs de baleines japonais font front

TOKYO (AFP) — Malgré les critiques internationales contre la chasse à la baleine, les petits ports baleiniers japonais s'accrochent à leur tradition séculaire, avec le soutien de la puissante industrie de la pêche.

Le Japon devrait une fois de plus faire front lors de la réunion annuelle de la Commission baleinière internationale (CBI) qui s'ouvre lundi, en maintenant son objectif de 1.000 baleines capturées par an et en réclamant la reprise de la chasse à des fins commerciales, interdite jusqu'à présent par la CBI.

Mais il subit des pressions de plus en plus fortes de la part de certains de ses alliés, en particulier de l'Australie, et l'opinion publique japonaise elle-même semble de moins en moins passionnée par ce débat.

La CBI impose depuis 1986 un moratoire sur la chasse à la baleine à des fins commerciales, mais tolère la capture des cétacés pour mener des recherches scientifiques, une brêche dans laquelle s'est engouffrée le Japon.

Seules la Norvège et l'Islande défient la CBI et continuent à faire le commerce de la viande de baleine.

L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont menacé de traduire le Japon devant un tribunal international pour mettre un terme aux campagnes de chasse dans l'Antarctique, qui sont régulièrement harcelées par des militants écologiques.

Les observateurs pensent que le gouvernement japonais cherche surtout à défendre son industrie de la pêche, car elle est très influente au plan politique.

A Taiji, une petite ville de la côte sud-ouest du Japon où l'on chasse la baleine depuis 400 ans, la viande est vendue sur les marchés et dans les restaurants, où elle est servie crue, en sashimi.

Pour Miyato Sugimori, un responsable de la coopérative des pêcheries de Taiji, les critiques à l'étranger sont motivées par des considérations sentimentales et non pas basées sur des arguments scientifiques.

"Les images des télévisions occidentales parfois montrent le moment exact où nous capturons une baleine, lorsque la mer devient rouge à cause du sang", a relevé M. Sugimori, 57 ans.

"Mais ils tuent du bétail et des porcs à l'intérieur des abattoirs et ne montrent jamais les images des massacres. Ce n'est pas juste", a-t-il estimé.

"Nous ne disons pas que nous voulons chasser les baleines jusqu'à leur extinction. Au contraire, nous voulons maintenir le nombre de baleines à un niveau qui nous permette de continuer à chasser de façon régulière", a-t-il expliqué.

Mais son point de vue n'est pas partagé partout au Japon.

L'intérêt décline à Abashiri, une ville du nord de l'archipel qui avait commencé à chasser les cétacés en 1918, sur le modèle des navires américains qui récoltaient de l'huile de baleine à proximité des côtes japonaises.

"La viande de baleine est rarement consommée ici, en particulier chez les plus jeunes", a reconnu Keiichi Kikuchi, 75 ans, ancien professeur et spécialiste de la chasse à la baleine dans la région.

Geishoku Labo, un grossiste en viande de baleine, a été contraint de brader ses prix pour écouler ses stocks. Et pour soutenir le secteur baleinier, les établissements scolaires ont tenté de persuader les enfants de manger de la baleine, en la servant en burger ou en curry.

Pourtant une récente enquête menée par le quotidien économique Nikkei a révélé qu'un Japonais sur quatre seulement aime la viande de baleine, et seulement 12% des jeunes.

"Il semble évident qu'il n'y a plus de place pour la chasse à la baleine dans le monde d'aujourd'hui", estime Wakao Hanaoka, militant de l'organisation de défense de l'environnement Greenpeace.