Le lauréat afghan du Goncourt appelle la France à ne pas expulser d'Afghans

PARIS (AFP) — Atiq Rahimi, écrivain franco-afghan, lauréat du prix Goncourt 2008, a demandé à la France de ne pas expulser d'Afghans et de leur accorder asile et éducation comme elle l'a fait pour lui, dans un message transmis mercredi par une association de défense des étrangers.

Des ONG se sont inquiétées mardi du sort d'une cinquantaine d'Afghans arrêtés la semaine dernière dans le nord de la France, appelés à être renvoyés vers l'Afghanistan dans le cadre d'un vol franco-britannique.

"Les renvoyer dans leur pays, c'est les condamner à un avenir incertain, c'est prendre le risque de les laisser aux mains des fondamentalistes qui détournent le désespoir de cette jeunesse à des fins religieuses extrémistes", écrit Atiq Rahimi dans ce message de l'association Réseau éducation sans frontières (RESF).

"Pour combattre l'obscurantisme, les armes à notre disposition sont multiples, mais la plus sûre et la plus efficace est l'éducation", poursuit le lauréat du Goncourt, qui a dû s'exiler au Pakistan en 1984 avant de demander l'asile en France. "En offrant l'asile à ces jeunes, comme elle le fit pour moi en 1985, la France les aidera à poursuivre leurs études et à ne pas tomber dans l'abîme de l'ignorance", ajoute-t-il.

Le franco-afghan, 46 ans, a obtenu lundi le plus prestigieux prix littéraire en France pour "Syngué sabour. Pierre de patience", son premier livre écrit en français. Plusieurs associations comme la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et Amnesty International ont souligné les risques encourus par ces Afghans en cas d'expulsion vers un pays déchiré par la guerre. La LDH a assuré que parmi les derniers Afghans reconduits à Kaboul par l'Australie, "certains ont été mutilés puis décapités".

Le ministère français de l'Immigration a confirmé mardi soir l'existence d'une proposition des autorités britanniques de "participer" à l'organisation d'un vol de "retours groupés d'Afghans" tout en indiquant "qu'aucune décision n'est prise". "Naturellement ces retours n'auront lieu que si toutes les conditions de sécurité sont réunies", a précisé le ministère.

Les associations insistent précisément sur l'insécurité régnant en Afghanistan et sur les risques encourus par la cinquantaine d'Afghans placés en rétention dans le Pas-de-Calais s'ils sont expulsés.

Amnesty international France (AIF) s'est inquiétée "de la précipitation à renvoyer" ces Afghans "à la veille de l'hiver" dans un pays "qui a déjà bien des difficultés à protéger ses ressortissants" tandis que la Ligue des droits de l'Homme (LDH) assurait que "parmi les derniers Afghans reconduits à Kaboul par l'Australie, certains ont été mutilés puis décapités".

Mercredi, M. Rahimi, lauréat du prix Goncourt 2008 pour son premier roman écrit directement en français, a pris la défense de compagnons d'exil moins chanceux que lui dans un message transmis par le Réseau éducation sans frontière (RESF). "Les renvoyer dans leur pays, c'est les condamner à un avenir incertain, prendre le risque de les laisser aux mains des fondamentalistes qui détournent le désespoir de cette jeunesse à des fins religieuses extrémistes", écrit l'auteur né à Kaboul il y a 46 ans et qui possède désormais la double nationalité franco-afghane.

De jeunes sans-papiers afghans rencontrés à Paris près de la Gare de l'Est réclament quant à eux la protection de la France et affirment qu'ils risquent la mort en cas d'expulsion.

"Je suis de Kandahar (sud de l'Afghanistan), le fief des talibans où les civils sont pris en tenaille entre les combattants afghans et les forces armées de l'Occident", explique à l'AFP dans un anglais approximatif Abdul Khan, un Pachtoune âgé de 18 ans. "Si la police française me prend et me renvoie, c'est la mort assurée". "Ces charters seront synonymes de condamnation à mort", assure Hamid Asim, un autre naufragé afghan. "Le gouvernement français n'ignore pas que la sécurité n'existe pas en Afghanistan puisque des soldats français y ont été tués récemment, ajoute ce jeune homme de 17 ans, originaire de Khost (est). "Pour les civils c'est la peur, la violence et l'horreur quotidienne".

"Nous sommes des réfugiés de guerre pas des malfaiteurs", s'emporte Azram Shah, 20 ans, originaire de la mythique vallée du Panshir. "L'Europe devrait nous fournir l'asile, un toit, une éducation".

Le lauréat franco-afghan du Goncourt, forcé à l'exil par la guerre en 1984, espère "qu'en offrant l'asile à ces jeunes (Afghans), comme elle le fit pour moi en 1985, la France les aidera à poursuivre leurs études et à ne pas tomber dans l'abîme de l'ignorance".

La Coordination française du droit d'asile (CFDA) dénonce régulièrement la précarité dans laquelle vivent depuis la fermeture de Sangatte en 2002 quelque 1.000 à 1.500 clandestins afghans, irakiens ou kurdes de Turquie.

Ces derniers errent entre le Calaisis, où ils espèrent passer vers la Grande-Bretagne et Paris, où ils se replient parfois en espérant des conditions de vie moins dures que dans les "jungles" du littoral nord.