Egypte: Moubarak fête son 80e anniversaire sans tambour ni trompette
LE CAIRE (AFP) — Le président égyptien Hosni Moubarak a discrètement célébré dimanche un 80e anniversaire que ses opposants auraient voulu transformer en journée d'expression du "ras-le-bol" social et politique.
Apparemment très en forme, le raïs égyptien s'est borné à visiter un complexe industriel dans une banlieue du Caire, découpant un gateau d'anniversaire devant un parterre d'ouvriers encadrés par un solide service d'ordre.
"Oui à la production, non au chaos", le quotidien gouvernemental al-Akhbar a résumé à la une le message ainsi délivré par M. Moubarak qui fait face à une de ses pires crises sociales, en 27 années de présidence.
Parvenu au pouvoir en 1981, après l'assassinat par des islamistes du président Anouar al-Sadate, le raïs a toujours opté pour la stabilité et un contrôle sécuritaire sur une société très inégalitaire.
Il avait décidé le 1er mai une augmentation surprise de 30% des salaires des fonctionnaires, coupant l'herbe sous le pied à l'opposition et une nébuleuse de blogueurs, qui avaient symboliquement prôné la grève ce 4 mai.
Cet appel n'aura cependant pas été plus suivi qu'un mot d'ordre similaire contre la vie chère, le 6 avril, pour protester contre la flamblée des prix alimentaires et une pénurie du pain subventionné.
Principale force d'opposition, avec un député sur cinq, les Frères Musulmans l'avaient soutenu. Plus de 10.000 membres de "Facebook", selon un décompte du site internet, avaient appelé à ne pas aller au travail et à se vêtir de noir dimanche.
"L'appel n'a pas été suivi, mais l'avertissement au régime est sérieux", a estimé à l'AFP un politologue réputé, Moustapha Kamel el-Sayyed, professeur à l'Université du Caire.
"Les Egyptiens ne peuvent le manifester mais ils pensent que le règne de Moubarak a duré trop longtemps et qu'il est a bout de souffle", a-t-il dit. Il n'existe aucun sondage d'opinion en Egypte.
Pour sa part, la presse officielle n'a pas lésiné sur la célébration enthousiaste du jour anniversaire. "Ce jour où l'Egypte a connu une nouvelle naissance", titre à sa une Al-Ahram, le plus grand quotidien.
Dans les pages intérieures, des dizaines de publicités payées par des hommes d'affaires louent Hosni Moubarak. "Bon anniversaire, Raïs!", proclame en dernière page d'al-Ahram, Oriental Weavers, le plus grand fabricant de tapis.
La crise alimentaire mondiale frappe de plein fouet l'Egypte, dont 44% des 80 millions d'habitants vit sous ou près du seuil de pauvreté. Le revenu moyen par tête n'est que de 4 dollars par jour.
Trois personnes sont mortes sous les balles de la police lors de la répression d'émeutes qui ont éclaté début avril dans la cité ouvrière de Mahalla, dans le Delta.
Alors que l'inflation court au rythme annuel de 15,8%, le régime a donc décidé de distribuer 15 millions de cartes d'approvisionnement supplémentaires. La hausse de 30% des salaires reste encore à préciser.
Alors que l'alliance avec l'Occident et la paix avec Israël ont été préservées, le président Moubarak aura contenu les Frères Musulmans, désormais présentés comme le parfait repoussoir à plus d'ouverture démocratique.
Le raïs avait donné sur le tard un coup d'accélérateur au libéralisme économique, sinon politique, au profit d'une élite incarnée par son fils cadet Gamal, successeur héréditaire présumé.
Né le 4 mai 1928 à Kafr el-Mosseilha dans une famille de la petite bourgeoisie rurale de la province de Menoufiya, dans le Delta, il avait opté pour l'armée, le creuset de l'élite politique de l'Egypte post-monarchique.
Son règne est déjà le plus long de l'Egypte moderne après celui de son fondateur, Mohamed Ali, au 19e siècle.
Il a toujours été élu avec des pourcentages à la soviétique. Trois fois par plébiscite et la quatrième, en 2005, et pour six ans, au terme de la première présidentielle dite "pluraliste".

