NAIROBI (AFP) — Parce qu'elle a grandi dans un bidonville kényan près de l'une des plus grosses décharges d'Afrique, le sang de Priscilla, 12 ans, est empoisonné par les métaux lourds de déchets notamment électroniques, dont le rejet très polluant et sans aucun contrôle inquiète au Kenya.
Unique décharge municipale de Nairobi, capitale de 4,5 millions d'habitants, Dandora reçoit chaque jour 2.000 tonnes de déchets sans politique de gestion, menaçant un million d'habitants des bidonvilles avoisinants.
Dandora a été classée parmi les deux sites les plus pollués d'Afrique, avec une mine de plomb zambienne, dans le rapport 2007 de l'ONG américaine Blacksmith Institute, qui lutte contre la pollution. Seuls 10 à 15% des enfants de la zone de Dandora sont en bonne santé, selon l'ONG.
Le Kenya vante pourtant sa politique de protection de l'environnement, en faveur du secteur très lucratif du tourisme dans ses parcs nationaux.
En s'enfonçant dans les 30 hectares de la décharge d'où émanent des fumées nocives, on découvre des millions de sacs et bouteilles en plastique, d'ampoules et de déchets hospitaliers tels que seringues ou perfusions.
Batteries de voitures, ordinateurs hors d'usage, pièces détachées d'imprimantes et de radio jonchent aussi le sol, a constaté l'AFP.
Des centaines d'enfants vivant près de cette décharge ont été empoisonnés au plomb et souffrent notamment de problèmes respiratoires, a révélé début octobre une étude du Programme de l'ONU pour l'environnement (PNUE).
Priscilla, élève de l'école Saint-John dans le bidonville de Korogocho donnant sur la décharge, a un taux de plomb dans son sang de 19,9 microgrammes par décilitre. La norme internationale est de 10. "A chaque fois qu'il y a un gros nuage de fumée venant de la décharge, je tousse", raconte-t-elle à l'AFP.
"Les déchets électroniques contiennent du plomb, du mercure, du cadmium", pouvant causer "une multitude de problèmes" de santé, relève Njoroge Kimani, biochimiste kényan auteur de l'étude du PNUE.
"Ces déchets contiennent aussi du plastique qui une fois brûlé, libère des dioxines", dit-il.
L'absence de gestion de ces déchets est de plus en plus un sujet d'inquiétude au Kenya.
"Ce qui nous inquiète (...) c'est l'émergence de déchets électroniques jetés au Kenya", confie Achim Steiner, directeur du PNUE.
"Nous prévoyons une crise dans un avenir proche car les technologies de l'information ont une croissance très forte au Kenya mais parallèlement il n'y pas de gestion adéquate de ces déchets", renchérit Richard Kiaka Dimba, de l'ONG Eco-Ethics International.
Il craint que les pays industrialisés n'exploitent les faiblesses de la gestion kényane pour "se débarrasser" au Kenya d'équipements électroniques hors d'usage.
Des recherches effectuées début 2007 par M. Dimba ont prouvé que sur la cinquantaine de conteneurs d'ordinateurs d'occasion importés (ou donnés) par an au Kenya, et venant principalement des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, 10 à 20% du matériel est inutilisable.
"Il y a trop de (dons) d'ordinateurs et aucun système pour traiter ces déchets", commente Tom Musili, directeur de l'ONG Des Ordinateurs pour les écoles au Kenya qui remet en état de vieux ordinateurs.
De son côté, Benjamin Langwen, de l'Agence nationale de gestion de l'environnement (NEMA), reconnaît que "les déchets industriels, électroniques et solides n'ont pas été correctement gérés", mais assure que des "outils sont opérationnels depuis avril" pour mieux contrôler ce secteur.
Pendant ce temps, les camions continuent de déverser leurs dangereuses cargaisons sous les fenêtres de l'école de Priscilla.
Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus »
