PARIS (AFP) — L'inauguration samedi du Théâtre et Auditorium de Poitiers (TAP) est un heureux événement qui masque une réalité: la France manque de salles de concerts classiques et les équipements existants ne sont pas toujours satisfaisants sur le plan acoustique et pour l'accueil du public.
Le TAP est exemplaire en ce qu'il abrite à la fois une salle de théâtre de 722 places et une autre de 1.020 sièges dédiée à la musique, qui nécessite une acoustique spécifique, moins sèche que pour l'art dramatique.
Cet équipement était évidemment très attendu par les formations qui y seront en résidence (l'Orchestre des Champs-Elysées et ses instruments anciens, l'Orchestre Poitou-Charentes, l'ensemble contemporain Ars Nova).
Au-delà, d'autres formations, comme l'Orchestre national du Capitole de Toulouse lors de la première saison, trouveront dans le TAP un lieu de diffusion leur permettant d'accroître leur rayonnement.
"Il demeure cependant en France un vrai problème de manque de salles ou de mauvaise qualité de salles", affirme à l'AFP Philippe Fanjas, directeur de l'Association française des orchestres (AFO), qui regroupe 35 formations en France, soit la quasi totalité du paysage symphonique.
Certes, des salles de qualité ont vu le jour depuis une vingtaine d'années, notamment à Metz (Arsenal, 1989), Dijon (Auditorium, 1998) ou Grenoble (MC2, 2004). Mais ces inaugurations se font au compte-gouttes: avant Poitiers et Bordeaux (ouverture prévue en 2010), la dernière remonte à juin 2007 avec l'ouverture à Aix du Grand Théâtre de Provence, une salle au demeurant hybride, prévue pour le lyrique mais aussi pour le symphonique et les autres musiques.
Très souvent d'ailleurs, comme à Nantes ou Strasbourg, les équipements sont le fruit de compromis et doivent servir comme centre culturel autant que comme palais des congrès.
Sur ce terrain, les orchestres français observent avec envie l'exemple de l'Espagne, où un "plan national des auditoriums" a été lancé au milieu des années 1980 et a permis à une trentaine de salles de sortir de terre.
"Grâce à ce plan initié par l'Etat central et repris en main ensuite par les régions autonomes, le maillage du territoire espagnol en salles de concerts est extraordinaire", relève Philippe Fanjas.
Le scénario français est nettement moins ambitieux, et ce sont souvent les collectivités territoriales qui sont à la manoeuvre. "L'Etat intervient éventuellement, ensuite, dans les projets, mais de toutes façons avec un financement minoritaire", note le directeur de l'AFO. Ainsi, à Poitiers, l'Etat a pris en charge 18% du montant des travaux, le reste étant financé par la ville (62%), la région (11%) et le département (9%).
La situation parisienne est un peu particulière. La Salle Pleyel a certes rouvert en septembre 2006 après rénovation, mais nombre d'observateurs estiment que cet auditorium d'à peine 2.000 places, à l'étroit dans son bâtiment et dépourvu de salles de répétitions, n'est pas digne d'une capitale culturelle.
L'ouverture prévue en 2012 de la Philharmonie de Paris, projet colossal (2.400 places, 200 millions d'euros de travaux) qui devrait être financé à 45% par l'Etat, pourrait changer la donne.
Mais voilà qu'après la pénurie, des voix s'élèvent désormais pour craindre un trop-plein de billets mis en vente chaque soir à Paris, puisque Radio France prévoit de son côté d'inaugurer à peu près au même moment un auditorium de 1.500 sièges.
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