SAINT-DENIS (AFP) — Agée de 13 ans, Lacrimiora n'a pas fréquenté l'école depuis six ans et rêve d'y retourner pour échapper à la réalité quotidienne du petit campement de caravanes de Roms de Roumanie entassés au bout d'une impasse boueuse de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Née en France, l'adolescente "en a assez de rester à rien faire", explique-t-elle dans un français un peu hésitant. "Je joue avec mon portable toute la journée, je n'apprends rien, je ne sors pas", ajoute-t-elle. Quand sa mère part, elle garde aussi ses soeurs de huit et quatre ans et vend des boissons et des cigarettes aux hommes du campement d'une quinzaine de caravanes serrées entre un bâtiment désaffecté, une usine d'incinération et une voie ferrée.
Comme tant d'enfants Roms vivant dans des bidonvilles, Lacrimiora n'a pas été scolarisée régulièrement comme l'exige la loi française jusqu'à 16 ans. "La dernière fois, c'était quand j'avais sept ans à Gonnesses (Val-d'Oise), c'est là que j'ai appris à écrire mais ensuite on a été plusieurs fois expulsés et les inscriptions à l'école ont été refusées par les mairies", explique-t-elle.
L'une de ses voisines, Larissa, âgée de 7 ans, a eu "de la chance", raconte sa mère. La fillette a été scolarisée pendant neuf mois jusqu'à février à Bobigny mais l'expulsion de ses parents du terrain où était leur caravane est venue interrompre son parcours scolaire. "Lorsque nous avons été expulsés, elle venait de s'habituer à l'école, elle avait appris à lire et commençait à parler bien le français", indique sa mère. "Maintenant elle dit qu'elle ne veut pas recommencer à zéro dans une autre école".
La fillette roule des yeux noirs en écoutant l'équipe de Médecins du Monde (MDM) lui parler de scolarisation. Sa mère dit d'un ton doux mais ferme, en caressant les longs cheveux noirs de sa fille: "tu iras, c'est pour ton avenir".
Sur un autre terrain coincé entre Bobigny et La Courneuve, où se sont regroupées au bord d'un immense chantier une cinquantaine de caravanes de Roms, les enfants sont scolarisés à partir du CP mais ne semblent pas assidus. "C'est fermé aujourd'hui", lance une fillette en rigolant. "J'ai mal à la tête", avance un adolescent en fonçant sur une trotinette. Un autre se cache dans sa caravane à la seule évocation du mot "école".
Outre leurs difficultés de vie et le fait qu'ils sont victimes de racisme et se retrouvent parfois dans des "classes ghettos", les enfants Roms ont souvent des problèmes à se concentrer et ne sont pas habitués à être enfermés de longues heures, rappelle Antoaneta, de la mission Roms de MDM. Les parents, souvent découragés par l'accueil qui leur est fait en mairie et par des expulsions successives, ont aussi du mal à respecter les horaires et à financer habits, fournitures, cantine et transport.
Flavius est familier des labyrinthes administratifs. A 16 ans, il cherche une formation de cariste mais se fait "balader de Drancy à Aubervilliers". "On me renvoie de mairie en mairie, on me demande un certificat d'hébergement, puis un autre papier et le temps d'obtenir tout cela je vais passer à côté de la formation", s'énerve-t-il.
"Je suis motivé pour apprendre un métier, me faire une vie réglo, mais si on ne m'aide pas je serai obligé de devenir ferrailleur comme mon père ou de mendier comme ma mère", dit-il.
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