Une vaste filière d'immigration irako-kurde démantelée en Europe

PARIS (AFP) — Les polices de dix pays européens ont interpellé lundi 75 responsables et passeurs d'une filière irako-kurde d'immigration irrégulière vers le Nord de l'Europe, à la faveur de l'"Opération Bagdad", "la plus grosse" opération de ce type jamais réalisée dans l'UE, selon la police.

Cette affaire a constitué "la plus grosse activité d'Europol depuis la création de l'unité de police européenne en 1996 et sa mise en place opérationnelle en 1999", a souligné cette source.

Jamais un aussi grand nombre de policiers n'avaient été mobilisés pour une opération judiciaire conjointe intra-européenne: 1.300, dont 300 en France.

Parmi les 75 personnes interpellées, 25 l'ont été en France, dont une "grosse tête du réseau", arrêtée dimanche, selon des sources proches du dossier. Une dizaine d'arrestations ont eu lieu à Paris et sa banlieue, et les autres, en France, dans les régions de Calais, Cherbourg et du Havre.

"Ces personnes, âgées de 21 ans à 48 ans, d'origine irakienne, iranienne, marocaine, tunisienne, algérienne, mauricienne, turque et française ont été placées en garde à vue", a indiqué le parquet de Paris dans un communiqué.

Les gardes à vue peuvent être prolongées jusqu'à une durée maximale de 96H00.

L'"Opération Bagdad" a été lancée dès 06H00, mobilisant en même temps les policiers en France, en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en Irlande, en Grèce, en Norvège, aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-uni, coordonnée par Europol sur le plan policier et par Eurojust dans le domaine judiciaire.

Elle couronne plus de deux années d'enquête, menée après que des renseignements de l'Office central spécialisé de la Police aux frontières (PAF) eurent été transmis à Europol et aux autorités britanniques.

Deux juges parisiens, Corinne Goetzmann et Patrick Gachon, enquêtent depuis le 9 mai 2007 sur des faits d'"aide à l'entrée et au séjour irrégulier commis en bande organisée", "d'association de malfaiteurs", passibles de 10 ans d'emprisonnement et de 750.000 euros d'amende.

"Les investigations ont mis en évidence l'existence d'une filière trans-nationale bien structurée d'immigration clandestine de ressortissants irako-kurdes entre l'Irak et un certain nombre de pays du Nord de l'Europe", a expliqué le parquet de Paris.

"Les migrants, en provenance essentiellement du Nord de l'Irak, mais également de nationalité iranienne, afghane, pakistanaise, chinoise et bangladaise, gagnaient la France, pays de transit, par la Turquie, la Grèce, et l'Italie", a-t-on précisé de même source

"Selon leur destination finale, le Royaume-Uni ou l'Irlande pour une des branches de la filière, les pays scandinaves pour l'autre, ils étaient acheminés par la route, le train et le bateau vers les pays de leur choix, via la Belgique, les Pays-bas, l'Allemagne et le Danemark", a-t-on ajouté.

"Plusieurs centaines d'immigrants ont ainsi gagné clandestinement divers pays de l'Union Européenne", chacun payant aux organisateurs du trafic 10 à 15.000 euros pour le voyage, des prix "variant en fonction de l'origine géographique ou ethnique".

Selon l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi d'étrangers sans titre (Ocriest), "depuis seulement les six derniers mois, près d'un millier de clandestins a bénéficié de cette filière, laquelle a de la sorte réalisé un +chiffre d'affaires+ estimé entre 10 et 15 millions d'euros".