Blackwater: premières négociations entre Irakiens et Américains

BAGDAD (AFP) — Responsables irakiens et américains tentaient de trouver mercredi une issue politique à la crise provoquée par l'incident meurtrier impliquant la société de sécurité Blackwater, qui a entraîné la suspension des déplacements terrestres de tous les personnels de l'ambassade des Etats-Unis en Irak.

"Les officiels irakiens et américains ont mis en place un comité conjoint pour voir comment résoudre la crise (...) Ce comité débutera ses travaux aujourd'hui (mercredi)", a indiqué à l'AFP le porte-parole du gouvernement irakien, Ali al-Dabbagh.

Le gouvernement irakien accuse les employés de Blackwater, qui assurent la protection du corps diplomatique américain en Irak, d'avoir ouvert le feu sans précaution et tué dix Irakiens dont neuf civils dimanche à Bagdad, alors qu'ils escortaient un convoi du département d'Etat.

Le gouvernement a depuis annoncé avoir retiré la licence de Blackwater, l'une des plus puissantes "compagnies privées de sécurité" en Irak, et assuré que les responsables de ce qu'il considère comme "un crime" devaient être déférés devant la justice irakienne.

Ces premières négociations, sur lequelles aucune autre information n'a filtrée, marquent une première étape vers un compromis entre les deux parties.

"Nous prenons en considération le fait que cette compagnie assure la sécurité des personnels de l'ambassade. Nous ne voulons donc pas révoquer sa licence de façon permanente", a expliqué M. Dabbagh, révélant ainsi un assouplissement de la position irakienne.

L'interdiction de Blackwater est à ce jour restée sans effet: aucun personnel de la société en Irak n'a été formellement mis en examen, arrêté ou expulsé du pays.

L'ambassade américaine a cependant pris acte de cette décision et a indiqué mercredi avoir suspendu les déplacements terrestres --déjà très limités en temps normal-- de ses personnels à Bagdad en dehors du secteur ultra-protégé de la zone "verte", et partout ailleurs dans le pays.

La représentation diplomatique américaine a justifié cette mesure par "une possible augmentation des menaces sur ses personnels", mais elle apparaît aussi comme un geste de Washington envers son partenaire irakien.

"L'interdiction de Blackwater ne vise pas le gouvernement des Etats-Unis", a de son côté souligné M. Dabbagh, également porte-parole du Premier ministre Nouri al-Maliki. "C'est un problème technique et nous avons besoin de discuter avec les Américains pour voir comment le résoudre", a-t-il expliqué.

"Nous voulons qu'ils agissent dans le cadre de la loi irakienne, a-t-il ajouté. Ils ont ouvert le feu contre des civils irakiens, et nous ne voulons plus que cela se reproduise".

La veille, le Premier ministre avait annoncé vouloir mettre au pas toutes les entreprises de sécurité opérant en Irak, promettant un "réexamen" de leurs activités et leur mise en "conformité avec la loi".

L'incident impliquant Blackwater crée une situation délicate pour les Etats-Unis dont la présence militaire en Irak est dépendante de plus de 100.000 sous-traitants civils.

Ceux-ci s'occupent de la logistique des troupes, mais remplissent également des missions de protection, de renseignement et de combat, formant le deuxième contingent étranger sur le territoire irakien derrière l'armée américaine.

Sur le plan militaire, des dizaines de combattants de la branche irakienne d'al-Qaïda ont pris le contrôle mardi d'un village de la province de Diyala (nord-est), à 40 kilomètres au nord de Baqouba, d'où ils ont chassé un groupe rival d'insurgés sunnites.