Eric Rohmer, cinéaste du désir et des jeunes filles en fleur

VENISE (AFP) — Eternel amoureux des jeunes filles en fleur, Eric Rohmer, déjà honoré sur le Lido par un Lion d'or pour l'ensemble de son oeuvre, présente à 87 ans "Les amours d'Astrée et de Céladon", en compétition à la 64e Mostra de Venise, qui sera son dernier film, dit-il.

Absent du festival samedi en raison d'une santé fragile, le plus secret des cinéastes de la Nouvelle Vague s'est excusé par un mot espiègle : "Je ne voudrais pas qu'on imagine que j'espère faire un élevage de lions..."

Auteur de fraîches comédies sentimentales et connaisseur de la littérature française, Rohmer présente "Les amours d'Astrée et de Céladon" tiré du roman du 17e siècle d'Honoré d'Urfé "L'Astrée".

"Après ce film, je crois que je prendrai ma retraite", affirmait-il à l'AFP dans un entretien, cinq semaines avant le festival.

"J'ai 87 ans et la mise en scène, surtout comme je la conçois, car je n'aime pas tellement me faire aider, demande un effort physique dont je suis de moins en moins capable", expliquait-il.

Souvent vu comme le Marivaux ou le Musset du cinéma français, Rohmer place la parole au coeur de sa dernière oeuvre qui, comme beaucoup de ses films, débute par du badinage amoureux.

Dans une Gaule antique imaginée par Honoré d'Urfé à grand renfort d'anachronismes malicieusement conservés par Rohmer, la jolie bergère Astrée (Stéphanie Crayencour), persuadée de la trahison de son amoureux Céladon (Andy Gillet), congédie celui-ci.

De désespoir, il se jette dans une rivière mais échappe à la noyade.

Ayant promis à Astrée de ne plus la revoir, il se travestira en femme afin de revoir sa belle sans briser son serment.

Avec ce film à l'intrigue et au langage un peu désuets, Rohmer demeure fidèle à l'amour des demoiselles et de la littérature qui parcourt son oeuvre, composée de vingt-cinq longs-métrages en cinquante ans.

Lorsqu'on lui demande ce qu'il aurait fait s'il n'était pas devenu cinéaste, Rohmer répond : "J'avais envie d'écrire des histoires. Est-ce que j'aurais écrit des romans ? fait du théâtre ? Je ne sais pas".

"Pour moi, ce n'est pas un travail de faire des films. C'est une passion, comme des gens ont la passion du jeu ou de la pêche à la ligne, je fais des films...", dit-il en souriant brièvement.

Il dit n'avoir "jamais eu de déception" dans ce métier.

"Je n'ai pas eu l'impression de rater un film. Il y en a qui ont moins plu au public, mais à moi ils me plaisent parfois plus, par exemple j'aime beaucoup +La femme de l'aviateur+ qui curieusement a eu moins de succès que les autres".

Après avoir enseigné la littérature et "raté l'agrégation" ce qui l'a "poussé dans le cinéma" dit-il, Rohmer s'est consacré à la critique, devenant rédacteur en chef des "Cahiers du cinéma" de 1957 à 1963.

S'il a été l'un des tout premiers cinéastes issu des Cahiers à se lancer dans la réalisation, la reconnaissance hors des cercles de cinéphiles est venue tardivement, avec "Ma nuit chez Maud" en 1969.

Observateur des comportements amoureux et de la comédie sociale, il a organisé son oeuvre en séries ou "cycles"" de films : après six "Contes moraux" dans les années 60 ("Ma nuit chez Maud", "Le genou de Claire"...) il tourne des "Comédies et proverbes" dans les années 1980 ("Les nuits de la pleine lune", "Le rayon vert") puis les "Contes des quatre saisons" dans les années 90.

"Je trouve que mes films sont des contes, pas des contes de fées, mais des contes réalistes comme ceux de Maupassant", dit-il.

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