Allemagne: après le scrutin en Bavière, les conservateurs de Merkel pansent leurs plaies

BERLIN (AFP) — Les conservateurs de la chancelière allemande Angela Merkel pansaient leurs plaies lundi après une défaite historique en Bavière où, à un an des législatives, les électeurs ont une nouvelle fois sanctionné les grands partis.

"Débâcle", "tremblement de terre", "révolution en Bavière": la presse allemande rivalisait de superlatifs pour décrire l'ampleur du recul enregistré par l'Union chrétienne-sociale (CSU) dans son fief bavarois. Avec 43% des voix, la CSU, parti frère de la CDU de la chancelière, a réalisé son plus mauvais score depuis des décennies, perdant 17 points de pourcentage en cinq ans.

Dans une brève déclaration publique, Mme Merkel a reconnu que le résultat du vote bavarois n'était pas à la hauteur de ses attentes. "Clairement nous ne sommes pas parvenus à gagner la confiance des gens au point d'obtenir la majorité absolue", a-t-elle déclaré.

"Pour les élections (de 2009), cela implique que nous devons tout faire pour donner aux électeurs une perspective d'avenir", a-t-elle déclaré.

La Bavière est traditionnellement un réservoir de voix très important pour les conservateurs lors des élections nationales. En 2005, lors du dernier scrutin législatif, la riche et conservatrice région du Sud du pays avait permis à la CDU/CSU de dépasser les sociaux-démocrates d'une courte tête dans l'ensemble du pays, avec 35,2% des voix. Sans la Bavière, la CDU n'aurait recueilli que 27,8% des suffrages.

Dans ce contexte, "les élections générales de 2009 ne sont pas gagnées d'avance" pour la droite, a reconnu l'un des chefs de file des députés CDU au Bundestag, Wolgang Bosbach. "Il va falloir nous serrer les coudes".

Mme Merkel a assuré que CDU et la CSU restaient "bien préparées" pour "épauler les gens dans ces temps de mondialisation", et avec la crise financière internationale en toile de fond.

Elle a souligné que, au vu de son piètre résultat dimanche, le Parti social-démocrate (SPD) "ne (pouvait) pas remplir ce rôle".

De fait le SPD, dont le chef de file au niveau national Frank-Walter Steinmeier espère ravir la chancellerie à Mme Merkel l'an prochain, n'a pas profité de la débâcle des conservateurs. Au contraire: avec 18,6% des voix, il perd un point de pourcentage par rapport à 2003 et réalise un plus-bas historique.

"Il y avait beaucoup de mécontentement contre la CSU en Bavière, mais aucun électeur de la CSU n'est allé dans le camp d'en face", analysait le politologue Franz Walter dans le quotidien de gauche Tageszeitung, .

La chute de la CSU a profité aux libéraux de droite du FDP (8%), au parti des "Electeurs libres" (transfuges de la CSU), et même à Die Linke, mélange d'ex-communistes et de déçus du SPD, dont le score de 4,3% passe pour un exploit dans ce bastion conservateur.

Die Linke n'a pas franchi la barre des 5% lui permettant d'entrer au parlement régional, mais son résultat illustre, comme en Hesse et dans la ville Etat de Hambourg en début d'année, une désaffection pour les deux partis traditionnels qui gouvernent ensemble à Berlin.

Les citoyens tournent le dos à ces formations car "la société s'individualise", analysait Philipp Daum, politologue à l'Université de Munich, notant que la tendance affectait non seulement les partis politiques mais toutes les organisations de masse.

"Les partis souffrent également de la concurrence des mouvement sociaux "qui offrent une autre forme de participation à la vie politique", comme les organisations de défense des droits de l'Homme ou de l'environnement, selon lui.

Parallèlement, les partis traditionnels ont déçu leur coeur de cible en se modernisant et en se professionnalisant, devenant des "fournisseurs de service qui tentent de vendre leur produit avec des stratégies marketing et de relations publiques", selon lui.