PARIS (AFP) — Certains des mercenaires présumés jugés à Paris pour avoir fomenté un coup d'Etat en Côte d'Ivoire en 2003, pour le compte de l'ex chef rebelle Ibrahim Coulibaly, ont fini par reconnaître mardi que l'objectif était de "tuer" le président ivoirien Laurent Gbagbo.
Treize prévenus sont jugés depuis lundi par le tribunal correctionnel de Paris pour la préparation d'un coup d'Etat dont avait eu vent la Direction de surveillance du territoire (DST, contre-espionnage) au cours de l'été 2003.
Trois sont absents, dont un acteur clé, l'ancien chef rebelle ivoirien Ibrahim Coulibaly, alias "IB", aujourd'hui en fuite. Il est soupçonné d'être l'instigateur et le bénéficiaire potentiel de l'opération qui visait à recruter des mercenaires chargés d'attaquer au lance-roquettes le convoi présidentiel.
Les mercenaires étaient tous d'anciens légionnaires, contactés par un ex-recruteur de la Légion, Jean-Michel Chapuis.
"IB" a affirmé mardi à l'AFP qu'il n'irait pas s'expliquer au procès, ajoutant qu'il n'avait jamais tenté de recruter des mercenaires.
"Je n'ai pas changé de position depuis 2003 quand j'ai été arrêté en France: je n'ai jamais été en France pour recruter des mercenaires", a-t-il déclaré dans un entretien téléphonique avec l'AFP, précisant qu'il se trouvait actuellement "en Belgique".
"Je ne me reconnais pas dans tout ce qu'on raconte. Qu'est-ce que j'irais faire avec des mercenaires? C'est un dossier vide", a ajouté IB qui avait été l'un des meneurs du coup d'Etat de 1999 en Côte d'Ivoire puis de la rébellion qui a tenté en 2002 de renverser Laurent Gbagbo avant de s'emparer de la moitié nord du pays.
La mission consistait officiellement dans la "protection d'une personnalité désireuse d'investir dans un parc animalier" en Côte d'Ivoire, a expliqué mardi M. Chapuis, 47 ans.
Elle devait rapporter à chacun des cinq hommes de main recrutés 250.000 francs (environ 40.000 euros), dont 50.000 F versés à l'arrivée à Abidjan, programmée entre le 23 et le 25 août 2003.
"On partait là-bas pour une mission de protection et on devait être rémunéré en fonction de l'avancée de la mission", a déclaré Jacky Muliakaaka, 43 ans.
Aujourd'hui absent, un autre des mercenaires présumés, Soakimi Vea, a reconnu au cours de sa garde à vue à la DST que l'objectif était en fait tout autre et visait à mener un coup d'Etat.
Les dépositions de M. Vea, lues à l'audience, ont permis au président Jean-Claude Kross de pousser dans leurs retranchements les anciens militaires comparaissant devant lui.
Au cours d'un rendez-vous fixé à la gare de Lyon, à Paris le 21 août 2003, "on nous a dit que la mission n'était plus de la protection mais de l'instruction de militaires locaux", a convenu Jürgen Pohl, 43 ans.
Son frère aîné, Daniel Pohl, 16 ans de Légion et une spécialité dans les armements, s'est montré plus disert. D'abord, "Jean-Michel Chapuis m'a parlé d'une mission technique pour l'armée ivoirienne (...) d'une durée courte".
Mais au cours d'une réunion, organisée le 22 août 2003 à Orange (sud), "Jean-Michel Chapuis nous a dit que l'affaire avait changé. Il a dit que le but était de renverser Gbagbo. Il a dit que la France ne participait pas à la mission mais qu'elle était derrière", a fini par lâcher Daniel Pohl.
Des déclarations en garde à vue de Soakimi Vea, il ressort que le but de la mission avait été clairement exposé à Orange : "tuer Gbagbo". "Je l'ai entendu", a confirmé un des participants, l'ancien légionnaire Eric Valentin. "Je l'ai dit", a consenti à dire Jean-Michel Chapuis après maintes circonlocutions.
Daniel Pohl a confirmé qu'Ibrahim Coulibaly devait être le bénéficiaire de l'opération.
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