PARIS (AFP) — Nicolas Sarkozy a demandé lundi au Conseil constitutionnel, à l'occasion de son cinquantième anniversaire, de s'élever contre "les populismes, qu'ils soient de droite ou de gauche" et qui constituent "la première menace contre les droits de l'Homme".
"Il vous incombe de tenir compte des évolutions de la société, des problèmes nouveaux qui se posent aux démocraties, parce que la première menace contre les droits de l'Homme, c'est de laisser le champ libre aux populismes, qu'ils soient de droite ou de gauche, aux démagogues de tous côtés, et, au fond, aux adversaires de la démocratie", a affirmé le président de la République.
Le chef de l'Etat, promoteur de la réforme institutionnelle du 23 juillet 2008 qui amplifie le champ de contrôle des Sages, s'exprimait en ouverture d'un colloque, au Louvre à Paris, consacré au cinquantenaire du haut conseil.
Environ 600 personnes assistaient à la manifestation, organisée sous la houlette de Jean-Louis Debré, président de la haute juridiction.
Parmi elles, deux prédécesseurs de M. Debré, Robert Badinter et Pierre Mazeaud, ainsi que Jacques Chirac. Valéry Giscard d'Estaing, autre ancien locataire de l'Elysée et membre de droit du Conseil constitutionnel, était absent.
Une quarantaine de pays francophones, de l'Albanie à la Tunisie, étaient représentés, aux côtés des 25 institutions "soeurs" européennes.
M. Sarkozy s'est félicité que, "dans les années récentes", le Conseil ait rappelé "que la supériorité du droit communautaire et international sur le droit français ne pouvait s'étendre à la Constitution".
Le Conseil constitutionnel a ainsi "dégagé le principe d'identité constitutionnelle de la France afin de préserver ce qui, dans notre tradition juridique, ne saurait se dissoudre dans un droit international, aussi protecteur soit-il des libertés fondamentales. Chacun sait que cela vise notamment la laïcité, le droit de grève ou les services publics, mais chacun pressent que cela pourrait viser bien davantage", a-t-il affirmé.
Le chef de l'Etat est revenu sur la réforme de la Constitution de juillet dernier, grâce à laquelle, selon lui, "les libertés des citoyens sont mieux garanties, où le rôle de la minorité est suffisamment estimé pour avoir des droits reconnus et protégés".
"Je ne comprendrai décidément jamais ceux qui s'y sont opposés (...) pour des raisons politiciennes", a-t-il affirmé, visant le PS.
Désormais, "la France figure au rang des nations les plus avancées en termes de contrôle de constitutionnalité", a-t-il assuré.
L'opposition de gauche avait quasi-unanimement voté contre cette réforme, adoptée par deux voix de majorité, dont celle du socialiste Jack Lang.
M. Sarkozy s'est également réjoui que la réforme constitutionnelle autorise bientôt tous les citoyens à saisir la haute juridiction, après filtre du Conseil d'Etat et de la Cour de cassation, pour contester des lois déjà promulguées.
"Quel bonheur d'avoir pu mettre en oeuvre ce que vous auriez tellement voulu faire", a-t-il lancé en direction de M. Badinter.
Sur cette "exception d'inconstitutionnalité", les "Sages" tiendront des audiences "publiques", a d'ailleurs précisé Jean-Louis Debré. Jusqu'à présent, leurs délibérations se déroulaient à huis clos.
Selon M. Debré, la réforme montre que le Conseil constitutionnel, créé par la Loi fondamentale de 1958 et mis en place en mars 1959, est devenu au fil du temps "la clé de voûte essentielle de notre Etat de droit".
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