Les salariés de Smoby donnent de la voix pour défendre leurs emplois
LONS-LE-SAUNIER (AFP) — "Dans la balance de la justice, notre destin", clamaient les salariés de Smoby qui manifestaient lundi devant le tribunal de Lons-le-Saunier alors que les juges examinaient les offres de reprise du fabricant de jouet, lâché vendredi par un repreneur américain.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au lundi 3 mars.
Quelque 500 salariés s'étaient rassemblés à l'appel de l'intersyndicale CFDT-CGT-FO-CFTC devant le tribunal pour "assurer la pérennité de l'emploi en mettant la pression sur la justice", qui examinait depuis 15H30 les offres de trois autres repreneurs potentiels.
Il s'agit du leader allemand du jouet Simba, du fonds d'investissement français MI29 et de la holding grenobloise Abcia, associée à Caravelle, spécialisée dans la reprise de sociétés en difficultés.
A l'issue de l'audience, deux d'entre eux se détachaient du lot: Abcia, qui prévoit de conserver 480 emplois et Simba qui ne garderait que 408 salariés.
Le groupe Smoby Majorette emploie 2.300 personnes dans le monde, dont 1.080 en France.
Le procureur de la République de Lons-le-Saunier s'est prononcé en faveur du plan de reprise présenté par le groupe bavarois Simba "plus à même d'assurer la pérennité de l'entreprise vu son expérience dans le secteur du jouet", a indiqué Gérard Grosfilley, délégué CFTC du groupe.
Des banderoles proclamant "Non aux licenciements" et "Ne jouez pas avec l'emploi" étaient déployées devant le tribunal par des salariés, "écoeurés du gâchis accompli par la famille Breuil, fondatrice de ce fleuron jurassien".
Mais les "Smoby" étaient plus abattus que revendicatifs. "On n'y croit plus. On ne voit pas comment on pourra éviter une casse sociale terrible. Maintenant, on attend plus notre lettre de licenciement qu'un miracle", a déclaré à l'AFP Josiane Brun, 43 ans, salariée depuis une vingtaine d'années chez Monneret, une filiale du groupe Smoby-Majorette.
"Le petit-fils du fondateur Jean-Christophe Breuil a ruiné l'entreprise. Il a voulu à tout prix devenir le numéro un au détriment de la santé de l'entreprise. Il a confondu chiffre d'affaires et bénéfice. Maintenant, le jouet est cassé", a assuré Pierre Gamonet, délégué FO.
Les syndicats ont estimé qu'"une restructuration qui porterait sur 250 suppressions d'emplois serait nécessaire au vu des carnets de commande, persuadés qu'une suppression plus importante empêcherait Smoby de tourner normalement", selon Gilles Rizzi, délégué CGT.
Asphyxié par une dette de 277 millions d'euros, Smoby-Majorette avait été repris au printemps par le fabricant de jouet américain MGA Entertainment pour un euro symbolique.
Mais le tribunal de commerce de Lons-le-Saunier, estimant que l'Américain n'avait pas tenu ses engagements, avait placé en octobre dernier le groupe en redressement judiciaire, décision confirmée en appel le 28 décembre.
Vendredi, MGA Entertainment a annoncé qu'il "n'était pas en mesure de présenter un plan de continuation pour la société", laissant la voie libre à un "démembrement du groupe".

