L'Iran prêt pour les législatives après une campagne discrète

TEHERAN (AFP) — L'Iran s'apprête à voter vendredi pour renouveler son Parlement, à l'issue d'une campagne électorale discrète qui devrait voir les conservateurs conforter leur domination sur le majlis.

Les autorités ont multiplié les appels à la population pour qu'elle remplisse son devoir électoral, en insistant sur le fait qu'un taux élevé de participation serait la meilleure réponse à apporter aux "ennemis" de la République islamique.

Le président Mahmoud Ahmadinejad, en partance pour une visite au Sénégal, s'est dit "certain qu'une fois de plus le peuple iranien remplira pleinement son devoir".

La campagne s'achève jeudi à 08H00 et aura duré exactement sept jours.

Elle aura été sans vrai relief car les quelque 4.500 candidats concourant pour les 290 sièges du Parlement n'ont pas été autorisés à utiliser d'affiches, à la différence des formations auxquelles ils sont affiliés.

Les moyens de radio-télévision, un monopole d'Etat, s'en sont tenus à un principe strict de neutralité.

Pas de débat entre les responsables des différentes listes en présence, mais aussi nulle mention dans les journaux télévisés des quelques réunions publiques tenues par les personnalités de premier plan.

Les jeux semblent faits pour les réformateurs, déjà minoritaires dans le Parlement sortant, à la suite des coupes sombres effectuées dans leurs rangs par les organes, dominés par les conservateurs, chargés de valider les candidatures.

Ces organes, et au premier chef le Conseil des gardiens de la Constitution, ont éliminé comme en 2004 plus de 2.000 candidats, dont un grand nombre de réformateurs.

Bien qu'ayant le vent en poupe, les conservateurs n'ont pas ménagé leurs attaques contre leurs adversaires, accusés pour certains de travailler "au service de l'étranger".

"Le Parlement n'est pas un endroit pour les espions et les demandeurs d'asile", a ainsi lancé le député ultra-conservateur Elias Naderan, à l'encontre de l'un des principaux réformateurs à la chambre Noureddine Pir Mouazen.

Ce dernier avait sévèrement critiqué dans une interview à la chaîne Voix de l'Amérique, depuis les Etats-Unis, la disqualification massive des candidats réformateurs.

Fort opportunément, le guide suprême iranien Ali Khamenei a attaqué mercredi les candidats jugés trop proches de l'"ennemi".

"L'une des indications qu'une personne n'est pas la mieux placée pour entrer au Parlement est quand elle n'établit pas une frontière nette avec l'ennemi et les marionnettes de l'ennemi", a dit la plus haute autorité de l'Etat, cité par la télévision.

Il semblait ainsi se référer à l'attaque lancée cette semaine par le quotidien ultra-conservateur Kayhan contre un important dirigeant réformateur, Mohammad Reza Khatami, accusé d'avoir rencontré l'ambassadeur allemand à Téhéran Herbert Honsowitz.

Les conservateurs iraniens s'en prennent régulièrement le camp réformateur pour sa tolérance supposée envers les pays occidentaux.

L'ex-président Mohammad Khatami, chef de file réformateur et frère de Mohammad Reza Khatami, n'en a pas moins appelé les Iraniens à participer massivement au scrutin pour défendre la "liberté".

Reste à savoir si son message, comme celui des autorités, sera entendu.

Un chauffeur de taxi, Ahmad Atashine, 34 ans, a expliqué qu'il n'irait pas voter "pour la première fois", en se plaignant notamment que "le prix du poulet change de semaine en semaine".

L'inflation est la première préoccupation des Iraniens, à en croire les deux principales coalitions réformatrice et conservatrice, qui ont placé ce thème en tête de leur campagne.

D'autres n'iront pas aux urnes car ils jugent le jeu faussé par la disqualification des candidats.

Certains en revanche évoquent leur sens du "devoir électoral" pour justifier leur participation.