PARIS (AFP) — La France a reconnu jeudi un soutien actif au gouvernement tchadien, concédant avoir acheminé des munitions libyennes pour soutenir les forces régulières engagées contre la rébellion début février.
"Le Tchad qui détient des matériels d'origine soviétique a eu besoin de faire appel la semaine dernière à des recomplètements de munitions venant de pays qui avaient en dotation ce type de matériels", a expliqué le porte-parole du mnistère de la Défense Laurent Teisseire.
"Dans ce cadre, la France a été amenée à faire jouer son accord de coopération technique avec le Tchad en acheminant des munitions destinées aux forces tchadiennes", a-t-il précisé.
Quelles munitions, en quelles quantités et par quels cheminements? Le porte-parole s'est montré avare de détails, évoquant toutefois leur origine libyenne.
Acculée par la rébellion autour du palais présidentiel de N'Djamena les 2 et 3 février, l'Armée nationale tchadienne (ANT) a pris le dessus grâce à ses T55, de vieux chars de fabrication soviétique, redoutablement efficaces face à des rebelles équipés de lance-roquettes.
Mais l'ANT dispose également de mitrailleuses lourdes de calibre 14.5, en usage autrefois dans les forces du Pacte de Varsovie.
M. Teisseire a par ailleurs laissé entendre que des avions libyens auraient pu livrer directement du matériel militaire aux forces régulières tchadiennes. Plusieurs appareils se sont posés sur l'aéroport de N'Djaména pendant la crise, Tripoli ayant fait le choix d'évacuer ses propres ressortissants, a-t-il relevé.
Jusqu'à présent, Paris avait plutôt évoqué la fourniture d'une aide logistique sous forme de carburant ou de rations de combat ainsi qu'une assistance médicale aux forces régulières tchadiennes.
La France s'est trouvée dans une position délicate lorsque les rebelles tchadiens ont lancé leur offensive sur N'Djamena, le 28 janvier.
Avec les quelque 1.100 soldats français du dispositif Epervier mis en place en 1986, elle perpétue une présence militaire française quasi-permanente depuis l'indépendance du Tchad en 1960. A ce titre, Paris a apporté un soutien au "gouvernement légitime" d'Idriss Deby Itno, qualifié de "sans faille" par le ministre de la Défense Hervé Morin.
Mais dans le même temps, commençait à se déployer dans l'est du pays l'Eufor Tchad-RCA, force européenne "neutre" de protection des réfugiés du Darfour dont les soldats français constitueront à terme l'ossature (2.100 hommes sur 3.700). Interrompu après le début de l'offensive rebelle, son déploiement a repris mardi.
A plusieurs reprises, la rébellion tchadienne a accusé Paris d'avoir "participé directement aux combats" des 2 et 3 février, mettant en cause la neutralité de l'Eufor.
"L'alliance de l'opposition armée ne croit plus à la neutralité d'une force composée essentiellement des éléments français et dont la direction opérationnelle est dirigée par la France", a déclaré lundi encore leur porte-parole Abderaman Koulamallah.
M. Morin a pris soin de réaffirmer jeudi que l'armée française n'avait "pas participé directement aux combats" au Tchad et n'avait jamais mené "une action offensive" contre la rébellion.
Paris est également embarrassé par le sort réservé à l'opposition tchadienne depuis le coup de force des rebelles. Discrète au début, la France a haussé le ton mardi, réclamant une "clarification sans délai" sur le sort d'opposants arrêtés.
Les autorités tchadiennes ont annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête, affirmant que les domiciles de ces opposants "était sous contrôle des mercenaires" (les rebelles) au moment de leur enlèvement.
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