PARIS (AFP) — Quelques milliers de victimes de l'amiante et de membres de leur familles (2.500 selon la police, 6.000 selon les organisateurs) ont défilé silencieusement dans Paris, samedi après-midi, pour réclamer "un grand procès pénal de l'amiante", a constaté une journaliste de l'AFP.
Les manifestants, qui ont marché de Sèvres Babylone (7ème arrondissement) jusqu'au ministère de la Justice, place Vendôme (1er arrdt), ont accroché une banderole, avec l'inscription "ministère de l'Injustice" sur l'hôtel particulier de Bernard Tapie, rue des Saints Pères, pour protester contre la différence entre l'indemnisation à laquelle l'ex-hommes d'affaires a récemment eu droit et celles que perçoivent les victimes de l'amiante.
"L'Etat a alloué à M. Bernard Tapie 45 millions d'euros au titre du préjudice moral, mais les veuves et épouse des victimes de l'amiante reçoivent entre 30.000 et 40.000 euros : il n'est pas normal que les souffrances morales soient évaluées de façon différente quand on est riche et quand on est pauvre", a déclaré à l'AFP Michel Périgot, vice-président de Association nationale de défense des victimes de l'amiante (Andeva).
Utilisé pendant des années dans les produits et bâtiments pour ses qualités d'isolation acoustique et thermique, l'amiante a causé des ravages (mésothéliomes et cancers pulmonaires) parmi les travailleurs qui l'ont manipulé, et provoque environ 3.000 décès par an en France.
La manifestation, qui se tient à Paris à chaque rentrée depuis quatre ans, a pour but de dénoncer le "scandale" d'une instruction judiciaire loin d'être close 12 ans après les premières plaintes.
Devant le cortège, avaient été placés deux grands mannequins, l'un représentant la justice, en robe noire de magistrat, et l'autre une victime de l'amiante, en tenue blanche d'hopital avec un masque à oxygène.
"Les empoisonneurs doivent être jugés", "non à la double peine : mourir d'amiante et d'indifférence", pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants.
Les victimes de l'amiante peuvent demander réparation au Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante (Fiva), qui, depuis son installation début 2005 et jusqu'à fin 2007, a versé 1,64 milliard d'euros d'indemnisation et reçu 63.325 demandes.
Dans un communiqué reçu samedi par l'AFP, Rachida Dati a affirmé avoir obtenu "le triplement des moyens d'enquête dédiés au dossier amiante".
"L'équipe est désormais composée de 11 enquêteurs chargés exclusivement des dossiers de l'amiante". Elle ajoute que "l'office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) est maintenant composé de 42 enquêteurs spécialisés".
Les représentants de l'Andeva ont été reçus vendredi au ministère.
Selon le communiqué, "les 54 procédures pénales actuellement en cours sont regroupées dans les pôles de santé publique des tribunaux de Paris et Marseille et suivies par des magistrats spécialisés, dans un souci d'efficacité".
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