"My Blueberry nights", la nuit américaine de Wong Kar-wai

PARIS (AFP) — Baigné par la sensuelle mélancolie du cinéaste Wong Kar-wai, "My Blueberry nights", son 9e film en forme d'ode à la jeune chanteuse Norah Jones, dépeint deux coeurs solitaires rapprochés par leurs blessures.

Ce premier film tourné par le réalisateur hong-kongais aux Etats-Unis et en anglais, dont la sortie est prévue mercredi en France, est un voyage sentimental truffé de réminiscences de son film "In the mood for love" en 2000. Il a fait l'ouverture du 60e Festival de Cannes en mai, où il concourait pour la Palme d'or.

Les intérieurs nocturnes de dinings américains, de bars et de casinos ont remplacé ceux des appartements défraîchis du Hong Kong des années 60, et les accents chaleureux des chanteurs Ry Cooder, Cat Power - elle apparaît dans le film - et Otis Redding, les standards de Nat King Cole dans la bande son.

Mais la beauté picturale de l'image, la sensualité mélancolique des plans et le thème des deux films, le désir et l'amour impossible entre un homme et une femme à la fois intimes et étrangers, se font écho.

L'auteur de "Chungking express" et "2046" a en fait tourné la version longue d'un court-métrage, intégré au bonus du DVD d'"In the mood for love" et filmé à Hong Kong avec Maggie Cheung et Tony Leung, qu'il a transposé aux Etats-Unis.

Après avoir travaillé avec le chef opérateur Christopher Doyle, Wong Kar-wai a confié la photographie de ce dernier film à Darius Khondji, collaborateur de Jean-Pierre Jeunet, Woody Allen, Roman Polanski ou David Fincher.

"My Blueberry nights" suit les pas d'Elisabeth, interprétée par la débutante Norah Jones, une jeune New-yorkaise déchirée par un chagrin d'amour qui vient hanter le bar de Jeremy, à qui Jude Law prête ses traits.

Echouée à quelques mètres d'un amour fracassé qu'elle observe dans d'autres bras, à travers les vitres, Elisabeth s'abîme dans une tristesse sans fin, en mangeant soir après soir d'écoeurantes tartes aux myrtilles.

Le jour où elle disparaît, Jeremy comprend à quel point la jeune femme a pris de la place dans sa vie.

"My Blueberry nights" s'attache alors à l'errance d'Elisabeth, qui sillonne les Etats-Unis et rencontre d'autres solitaires minés par une peine de coeur, magnifiquement incarnés par David Strathairn, Natalie Portman et Rachel Weisz.

"Je voulais travailler avec Norah et cette histoire était parfaite pour elle", avait expliqué à Cannes le réalisateur, chaussé de ses éternelles lunettes noires rectangulaires.

"Ce qui m'attirait le plus chez elle, c'était sa voix, une voix très cinématographique, comme un instrument de musique très raffiné", disait-il, "quand vous entendez sa voix, vous écoutez déjà une histoire".

"Le principal défi pour moi a été de tourner ce film en anglais, qui n'est pas ma langue maternelle", avait souligné Wong Kar-wai, ajoutant: "Mais nous avons tous quelque chose à partager, quelques émotions, au-delà du langage".

Le film a reçu un accueil mitigé en mai sur la Croisette où une bonne partie des critiques ont reproché à Wong Kar-wai de ne pas renouveler suffisamment ses thèmes d'inspiration et sa palette visuelle.

Coécrit avec l'auteur de polars Lawrence Block, le scénario de "My Blueberry nights", souffre de longueurs et pêche dans la deuxième moitié du film où la protagoniste principale devient simple spectatrice des événements.

Mais pour les inconditionnels de Wong Kar-wai, la magie opère.