Musique à la radio: les radios privées protestent auprès de la ministre
PARIS (AFP) — Les radios privées ont écrit à la ministre de la Culture pour lui demander de revenir sur l'augmentation de la rémunération qu'elles versent aux artistes et producteurs de musique et qui aura pour effet, selon elles, de diminuer le volume de musique qu'elles diffusent.
Dans une lettre adressée à Christine Albanel, le SRGP (Syndicat des radios généralistes privées), le SRN (Syndicat des réseaux nationaux) et le Sirti (Syndicat des radios et télévisions indépendantes) saisissent la ministre d'un "recours hiérarchique" contre cette décision prise par une commission paritaire présidée par un représentant de la Cour des Comptes.
Réunis mardi pour une conférence de presse, les patrons de NRJ Group (Jean-Paul Baudecroux), de Skyrock (Pierre Bellanger), de RTL (Axel Duroux) et du pôle musique de Lagardère Active (Christophe Sabot), ont tour à tour dénoncé les effets néfastes de cette mesure, qu'ils considèrent comme "une taxe".
Selon M. Baudecroux, cette augmentation "colossale" va inciter les radios privées "à diffuser moins de musique, à faire davantage de libre antenne, d'émissions de talk". Pour Pierre Bellanger, la mesure entraînera un "appauvrissement du paysage radio". De son côté, Axel Duroux estime qu'il vient de subir un "racket". Enfin Christophe Sabot (Lagardère) considère qu'il s'agit d'une décision "inique", les radios étant "la poire" qui est "la dernière et la seule" à payer pour la musique.
La décision de la commission, publiée au Journal officiel du 6 novembre et qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2008, prévoit des taux de rémunération progressifs de 4 à 7%, selon la situation économique des radios concernées.
L'ancien barème, qui datait de 1987, était fixé à 4,25% des revenus des radios. Après prise en compte des abattements, cela correspondait environ à 2% de leur chiffre d'affaires.
Selon les trois syndicats signataires, dont les membres estiment verser à eux tous plus de 95% de la rémunération des ayants droit, le barème retenu entraînera une augmentation moyenne de 38% de la collecte de la Société civile pour la Rémunération équitable (SPRE), chargée de percevoir cette rémunération.
Les trois syndicats demandent à Christine Albanel de "rapporter la décision" et de "réunir à nouveau" la commission.
Le SRGP, le SRN et le SIRTI soulignent dans leur lettre que si leur demande n'est pas acceptée, un contentieux sera engagé auprès du Conseil d'Etat et éventuellement de la Cour de Justice de l'Union européenne.
De leur côté, les producteurs de disques ont estimé que "le nouveau barème reste très faible".
Selon un communiqué de la SCPP (Société civile des producteurs phonographiques), ce barème est "inférieur à la rémunération payée par les radiodiffuseurs privés aux auteurs" et "très en deçà" des barèmes pratiqués ailleurs en Europe.
"Les grandes radios, qui réalisent en France des marges hors normes, supérieures à celles de l'industrie du luxe (marge brute de 36% en 2005 pour NRJ, marge brute de 19% en 2005 pour RTL) sont donc particulièrement mal fondées pour critiquer ce nouveau barème", affirme la SCPP.
Selon elle, "il n'existe pas de capacité de recours hiérarchique possible" contre cette augmentation, la commission qui en est à l'origine "étant indépendante du ministère de la Culture".

