Accident en 2001 sur le Charles de Gaulle: début du procès de cinq gradés

MARSEILLE (AFP) — Le procès de cinq gradés de la Marine nationale a débuté lundi devant la chambre militaire du tribunal correctionnel de Marseille après un accident en 2001 sur le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle qui a fait deux blessés dont l'un est toujours dans le coma.

Les cinq hommes représentant toute la chaîne hiérarchique - quatre officiers dont le capitaine de vaisseau Marc Bramaud du Boucheron, commandant en second du bâtiment, et un sous-officier - sont poursuivis pour blessures involontaires et risquent deux ans de prison.

Tous sont accusés d'avoir eu une responsabilité indirecte dans le drame, survenu le 8 novembre 2001 à Toulon alors que le porte-avions s'apprêtait à appareiller. Il leur est reproché des fautes caractérisées pour n'avoir pas mis en place les mesures de précaution nécessaires lors d'une intervention dans un local contenant des cuves d'eaux usées.

"Je veux que la Marine soit reconnue responsable", a déclaré à l'AFP Chantal Montesino, la mère du quartier-maître Sébastien Pisani, 28 ans, dans le coma depuis sept ans après avoir été asphyxié par du sulfure d'hydrogène durant cette intervention. "Ils sont tous responsables sans l'être. M. Dupont ou Durand je m'en fous, je veux qu'ils soient hantés jusqu'à la fin de leur vie", a-t-elle dit.

Le quartier-maître Franck Froehlinger, qui était venu au secours de Sébastien Pisani et avait également été intoxiqué mais beaucoup plus légèrement, assiste également au procès.

A l'audience, l'un des prévenus, le major Eric Manuaut, à l'époque chef de la section des collecteurs et pompes et à ce titre responsable hiérarchique direct des deux victimes, a expliqué que les interventions comme celles durant laquelle s'est produit l'accident, était quotidiennes pour débloquer des clapets inadaptés sur les caisses d'eaux usées.

Les marins chargés de ces interventions étaient à chaque fois aspergés du contenu de la colonne d'eau sale provenant des toilettes qui restait au dessus du clapet. Mais le jour de l'accident, une quantité beaucoup plus importante s'est déversée en raison de la communication entre deux caisses d'eaux usées qu'il affirme avoir ignorée, faute de plan approprié.

Le major Manuaut a également assuré n'avoir pas eu en main un message d'alerte diffusé en août 2001 après un accident similaire sur la frégate Georges Leygues.

Ce message "a été mal compris par tout le monde", a estimé le lieutenant de vaisseau Jean-Guy Berriet, autre prévenu, qui a aujourd'hui quitté la Marine.

Chef de la sécurité et de la prévention à l'époque sur le porte-avions, il avait estimé suffisant un ordre qu'il venait de prendre pour les interventions dans les locaux confinés. L'ordre obligeait à prendre des mesures de précaution pour les interventions dans les caisses d'eaux usées, évoquant une note de prévention émise en 1998 par la Direction des constructions navales sur les dangers du sulfure d'hydrogène. Mais M. Berriet a reconnu n'avoir pas lu une fiche toxicologique sur ce gaz datant de 1997 et figurant dans les classeurs du porte-avions.