PARIS (AFP) — A la veille des municipales, les députés UMP ont une nouvelle fois tapé du poing sur la table mardi, refusant de se faire imposer in extenso les 314 propositions du rapport Attali sur "la libération de la croissance" et exigeant d'être partie prenante du futur débat législatif.
"Le Grenelle de l'environnement a été l'exemple de ce que nous ne voulons pas. On n'a pas digéré d'en être les oubliés. Il ne faut pas que cela se reproduise avec le rapport Attali. Nous ne sommes pas dans l'optique du +tout ou rien+" mis en avant par l'ancien sherpa de François Mitterrand, a averti le patron du groupe UMP, Jean-François Copé.
Outre l'opposition à certaines mesures clefs du rapport (suppression des départements, déréglementation de certaines professions...), ce sont les déclarations de Jacques Attali invitant l'exécutif à ne pas "picorer à sa guise" dans son rapport mais à reprendre l'ensemble de ses conclusions qui ont mis le feu aux poudres.
L'inquiétude des députés UMP est d'autant plus vive que Nicolas Sarkozy avait assuré, en installant la commission Attali : "Ce que vous proposerez, nous le ferons".
Après le récent vent de fronde contre la décision du gouvernement de suspendre la culture des OGM, très mal vécue par les députés UMP, François Fillon a tenté de calmer le jeu dans la majorité.
"N'ayez pas peur de prendre possession des débats. Naturellement, c'est au Parlement de décider" de traduire ou pas dans la loi les recommandations Attali, a lancé le Premier ministre aux députés UMP, qui ont largement débattu du sujet en réunion de groupe mardi matin.
Un peu plus tard, il n'en a pas moins appelé "chacun" à accepter de "remettre en question ses certitudes".
"On a un gugus qui vient dire qu'il faut libéraliser certaines professions, supprimer les lois Galland et Raffarin. A quelques semaines des municipales, c'est génial vis-à-vis de notre électorat... Attali demande aussi la suppression des départements. A quoi ça sert de se présenter en mars aux cantonales ?", dénonce un député UMP.
Très critique, le vice-président du groupe UMP, Jean Leonetti, estime qu'il serait "catastrophique que le Parlement se voie imposer un paquet global dans lequel il n'y aurait pas de droit d'inventaire" et dénonce "quelques provocations très négatives", voire des propositions purement "inacceptables".
"Pas question" donc d'accepter le tout, comme l'a souligné le sarkozyste Frédéric Lefebvre.
Les députés UMP ont ainsi l'intention de peser pleinement dans le débat qui devrait avoir lieu au printemps, à l'occasion de la future loi sur la modernisation de l'économie.
D'où la mise en place, au sein du groupe, de "quatre groupes de travail" thématiques chargés de décortiquer le rapport Attali pour faire le tri entre les propositions à retenir, à supprimer ou encore à rajouter.
De même, le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), qui pense lui aussi qu'il ne faut pas "tout prendre d'un seul coup" dans le rapport, a demandé aux présidents des six commissions permanentes de l'Assemblée d'"évaluer" les conclusions Attali.
Plus généralement, "il ne faut pas, à travers des commissions diverses, déposséder le Parlement. Nous sommes à 100% derrière le gouvernement mais à 100% pour le débat d'idées", prévient M. Copé.
Même le porte-parole de l'UMP, Yves Jégo, se montre des plus circonspects : "Tout n'a pas vocation à être repris, c'est un viatique pour l'action publique sur le long terme".
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