Fermetures de maternités: mobilisation et tensions avant les municipales
PARIS (AFP) — Des maternités et services de chirurgie sont fermés en France au nom de la sécurité des patients, au grand dam des défenseurs des hôpitaux de proximité qui se mobilisent à l'approche des élections municipales contre "une logique purement comptable".
Ainsi, une centaine de maires du haut nivernais et du Sud de l'Yonne ont décidé en début de semaine de ne pas organiser les élections et d'appeler à leur "boycott" pour dénoncer la fermeture prévue au 31 mars de la maternité de Clamecy (Nièvre).
A Valréas (Vaucluse) le service de chirurgie qui devait fermer fin 2007 a été maintenu jusqu'à fin 2008 après une mobilisation des personnels et d'élus, au premier rang desquels le député-maire UMP Thierry Mariani, président du conseil d'administration de l'hôpital.
Dès juin, peu après sa nomination, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, avait manifesté son intention de "forcer le pas sur les restructurations" hospitalières.
"Certaines pratiques comme la chirurgie", qui requièrent "un matériel coûteux et des équipes pluridisciplinaires" doivent être "regroupées pour en garantir l'excellence et la sécurité" sanitaires, avait-elle estimé.
Pour la Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe les directeurs d'hôpitaux, "en obstétrique, la restructuration est quasiment faite. Il reste quelques dizaines de petites maternités à fermer ou à reconvertir", précise son délégué général Gérard Vincent.
Le nombre de maternités est passé de près de 1.400 en 1975 à moins de la moitié actuellement.
"Entre 1992 et maintenant, on a été passé à la moulinette", résume à l'AFP Casimir Muszynski, président de la Fédération nationale des maternités et hôpitaux publics de proximité, qui compte moins de 50 maternités contre près de 200 il y a 16 ans.
Ces fermetures se sont accompagnées, selon lui, "d'une augmentation des infections nosocomiales (maladies contractées à l'hôpital, ndlr) et des risques liés aux transports qui ont crû de façon considérable".
Contrairement à l'obstétrique, en chirurgie, "il reste entre 100 et 150 services à reconvertir", selon la FHF.
Pour les autorités, un service de chirurgie doit réaliser au moins 2.000 interventions par an -- 300 accouchements pour une maternité -- pour assurer la sécurité des patients.
A titre d'exemple, la maternité de Clamecy en a assuré 214 l'année dernière.
D'autres critères peuvent intervenir, comme le temps nécessaire pour atteindre la maternité la plus proche, qui devrait en principe être inférieur à 45 minutes.
Pour Christophe Prudhomme, de la CGT-santé, principal syndicat des hôpitaux, "ces critères ont varié au fil du temps depuis 15 ans" avec "comme seule justification le regroupement de moyens sur des critères purement comptables, sans justification scientifique".
"L'argument de qualité, par exemple, ne concerne pas le nombre d'actes par bloc opératoire, mais par chirurgien. Nous proposons donc que les chirurgiens ne soient plus nommés sur un hôpital, mais sur un territoire, afin de travailler dans un gros centre à temps partiel et d'assurer la chirurgie de proximité", explique-t-il.
Un cas de figure déjà mis en oeuvre à Saint-Affrique (Aveyron). En septembre, Mme Bachelot avait demandé l'interruption de la chirurgie lourde de l'hôpital, mais maintenu la maternité et une chirurgie "programmée, ambulatoire ou de courte durée".
Cette décision avait "satisfait" le maire (PS) Alain Fauconnier, président du CA de l'hôpital et de la Coordination nationale de défense des petits hôpitaux.

