PARIS (AFP) — La communauté scientifique est descendue mardi massivement dans la rue dans plusieurs villes pour une "Marche de tous les savoirs", ou "Academic Pride", pour souligner les réussites de la recherche française et son inquiétude face à la réforme menée par le gouvernement.
Quelque 3.000 manifestants ont défilé à Paris - 2.300 selon la police -, près de 500 à Marseille et Toulouse, 200 à Bordeaux, une centaine à Lyon ou Nice, pour "dire leur fierté et affirmer que nous ne voulons pas qu'on casse les outils pour exercer notre métier", a déclaré à l'AFP Alain Trautmann, fondateur du mouvement "Sauvons la Recherche" (SLR).
"Le gouvernement laisse entendre que nos résultats seraient mauvais (...) pour justifier les choix idéologiques qu'il impose à la recherche et à l'enseignement supérieur", estimaient plusieurs syndicats (SNCS, SLU, Snesup...) dans leur appel à manifester.
Saluant les réussites "discrètes" de nombreux laboratoires, les chercheurs ont rappelé également le prix Nobel de physique décerné à Albert Fert (2007) et la Médaille Fields, le "Nobel des mathématiques", remis en 2006 au Français Wendelin Werner.
Mais cette marche proclamant la "fierté" de la communauté scientifique s'inscrivait dans une série de manifestations pour contester tel ou tel point de la réforme engagée après le vote de la loi sur la recherche en 2004 : création de l'Agence nationale de la Recherche (ANR), d'un Haut Conseil de la science et de la technologie, d'une Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES), etc.
"La recherche française, malgré ses difficultés, a des atouts", a affirmé à l'AFP le président de SLR, Bertrand Monthubert, et il ne faudrait pas que la réforme "sacrifie ces atouts".
Le découpage en instituts du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), annoncé récemment, a ainsi été fortement contesté par les scientifiques.
Les manifestations de mardi ont nettement tranché avec les actions peu suivies de ces derniers mois, qui marquaient déjà la crainte des chercheurs devant ce qu'ils considèrent comme des tentatives de pilotage étroit de la recherche par les pouvoirs publics.
Ainsi à Marseille, quelque 500 manifestants ont exprimé cette inquiétude dans le centre-ville, distribuant un tract déclarant : "Nous sommes fiers de faire de la recherche, mais pour combien de temps encore ?"
Sous une pluie battante, près de 400 personnes ont manifesté à Toulouse sur la Place du Capitole pour s'opposer au "découpage" du CNRS et de nombreux chercheurs ont jeté en tas des documents ayant servi à la rédaction de thèses.
A Bordeaux, environ 200 personnes se sont rassemblées sur les marches de l'université Bordeaux II contre "le démantèlement" du CNRS, rebaptisé sur des banderoles "Centre national de la recherche de sous".
A Lyon et à Nice, une centaine de manifestants se sont réunis dans le centre, contre la réforme du CNRS, mais également pour aller au contact de la population pour "faire aimer les sciences".
Le secrétaire national à la Recherche et à l'Enseignement supérieur du Parti socialiste, Yves Durand, a demandé dans un communiqué "le respect de l'autonomie du champ scientifique par rapport au politique" et a évoqué un "risque d'éclatement" du CNRS.
Quant à la ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, elle a réaffirmé à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement que, "défendre le CNRS, c'est accepter de le moderniser, de lui donner une nouvelle cohérence".
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