PARIS (AFP) — Le moral des ménages français a continué de dégringoler en juin, tombant à son plus bas niveau depuis 20 ans, miné par l'inflation galopante et les craintes pour le pouvoir d'achat, un signal inquiétant pour la consommation dans les prochains mois.
"Les Français ont le moral dans les chaussettes !", lance Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis.
Le moral des ménages a encore chuté de quatre points en juin, pour le douzième mois consécutif, à -46 points, son plus bas depuis 1987, a annoncé jeudi l'Insee.
Tous les soldes composant l'indicateur résumé se sont repliés, a précisé l'Institut de la statistique.
Si, selon M. Caffet, l'élimination rapide des Bleus dans l'euro de football a pu "avoir un petit impact sur le moral des Français", les économistes expliquent surtout la dégradation de leur confiance par la hausse des prix.
L'inflation a atteint 3,3% sur un an en mai en France, un niveau inégalé depuis juillet 1991, sous l'effet de la flambée des cours du pétrole et de l'alimentation. D'après l'Insee, les Français sont aussi nombreux qu'en mai à trouver que les prix ont fortement augmenté sur le passé. Mais leurs anticipations d'inflation pour les douze prochains mois ont continué de se dégrader pour le 4ème mois consécutif. Or, cette "course en avant" de la hausse des prix "obère d'autant le pouvoir d'achat des Français", souligne Alexander Law, chez Xerfi.
Selon l'Insee, les Français sont plus pessimistes sur l'évolution future de leur situation financière personnelle.
Cela est "cohérent avec une prévision de croissance du pouvoir d'achat globale inférieure à 0,1% cette année", souligne Alexander Law. "Les consommateurs craignent à la fois une poursuite des tensions inflationnistes et une faible progression des rémunérations", estime de son côté Nicolas Bouzou, chez Asterès.
Dans le même temps, le solde sur l'opportunité de faire des achats importants, indicateur le plus fiable pour anticiper la consommation future des ménages, a reculé en juin, passant de -33 à -37. "Cela confirme, si besoin était, que le rebond des dépenses des ménages en mai aura probablement été un artefact dans une tendance très marquée à la modération de la consommation", juge Mathieu Kaiser, chez BNP Paribas.
La consommation des ménages français a rebondi de 2% en mai, enregistrant sa plus forte hausse mensuelle depuis janvier 2004 après deux mois de baisse consécutifs. "Mais cette hausse a été tirée par les ventes de voitures et de vêtements, qui sont des postes de consommation volatils", rappelle Jean-Christophe Caffet.
"Tous les ingrédients semblent réunis pour que le traditionnel moteur de la croissance française soit de nouveau grippé au cours des prochains mois", poursuit-il. La consommation des ménages a en effet tiré la croissance française au cours des dernières années, bien plus que l'investissement des entreprises et le commerce extérieur, en déficit chronique.
Pour M. Caffet, la hausse des dépenses de consommation n'excédera pas 0,2% au deuxième trimestre, quand l'Insee, plus pessimiste, prévoit une hausse de 0,1%, comme au premier trimestre.
"Malgré le début des soldes, malgré la campagne de publicité lancée par le gouvernement, la consommation devrait de nouveau manquer de tonus dans un avenir proche", abonde Alexander Law.
En raison d'une consommation des ménages plombée par l'inflation et la faiblesse du pouvoir d'achat des Français, l'Insee prévoit une hausse du PIB de seulement 1,6% cette année.
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