Echec des sanctions à l'ONU contre le Zimbabwe: Bush "mécontent"

WASHINGTON (AFP) — Le président américain George W. Bush s'est dit mardi "mécontent" que le Conseil de sécurité de l'ONU n'ait pas réussi à imposer des sanctions au Zimbabwe, en raison de l'opposition de la Chine et la Russie, et a envisagé des sanctions "bilatérales".

"Vous ne vous êtes pas trompés sur la manière dont j'ai réagi. J'étais mécontent", a dit M. Bush lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche. Il s'est dit en particulier "déçu" du veto russe.

M. Bush a indiqué que son administration travaillait actuellement à de nouvelles sanctions "bilatérales" contre les dirigeants du Zimbabwe.

Les Etats-Unis et leurs alliés ont subi un sévère revers vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU, où la Chine et la Russie ont mis un veto à leur projet de résolution visant à sanctionner le Zimbabwe pour son processus électoral violent et contesté.

Le projet prévoyait un embargo sur les armes à destination du Zimbabwe et des sanctions ciblées - interdiction de voyager et gel des avoirs financiers à l'étranger - contre 14 dignitaires du régime, dont le président Robert Mugabe, considérés comme ayant entravé le processus électoral démocratique dans le pays ou participé aux violences.

Au Congrès, la secrétaire d'Etat adjointe chargée de l'Afrique, Jendayi Frazer, a reconnu que le veto russe avait été perçu "un peu comme une gifle" à Washington.

Pour ce qui est de l'attitude chinoise, Mme Frazer a souligné que "la Chine est en train de se frayer une voie en Afrique, et si j'avais un conseil à leur donner, ce serait de se mettre au côté du peuple africain".

"De toute évidence il est important et nécessaire pour les relations diplomatiques (chinoises) de soutenir des gouvernements, mais il faut que (Pékin) voie que le gouvernement zimbabwéen a été largement rejeté par son peuple", a ajouté Mme Frazer lors d'une audition à la commission des Affaires étrangères du Sénat, estimant que la Chine devrait vouloir "se mettre du bon côté des forces du changement démocratique".

La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, intervenant pour sa part devant un forum d'investisseurs et divers ministres africains à Washington, a souligné que l'Afrique devait s'assurer que le peuple zimbabwéen soit délivré de la "tyrannie" du président Robert Mugabe en dépit de l'héritage historique sur lequel il s'appuie.

"Nous voyons dans le régime de Mugabe la page historique que l'Afrique doit tourner, un leader de l'indépendance qui a hérité d'une nation pleine de promesses mais qui est devenue une tyrannie sans autre valeur que celle du pouvoir", a indiqué Mme Rice.

"Il est difficile d'imaginer l'Afrique atteindre son véritable potentiel avant que ses responsables deviennent comptables et respectueux des volontés de leurs peuples", a ajouté la chef de la diplomatie américaine.

"L'Afrique australe sera confrontée à l'instabilité permanente tant que les aspirations de tous les Zimbabwéens ne seront pas respectées et représentées dans leur gouvernement. C'est le défi de l'Afrique, et l'Afrique doit réussir", a souligné Mme Rice, dont l'auditoire comptait plusieurs ministres du continent noir.

Le département d'Etat avait promis lundi de ne pas abandonner le combat contre le président Mugabe, dont la réélection le 27 juin n'est pas reconnue par les Occidentaux. Le candidat de l'opposition s'était retiré de l'élection en raison des violences entourant le scrutin.