Viol d'un jeune Franco-Suisse: la défense affirme que la victime a menti
DUBAI (AFP) — La défense de deux des trois Emiratis accusés du viol d'un jeune Franco-Suisse à Dubaï, qui encourent la peine de mort, a tenté mercredi de jeter le doute dans l'esprit du juge en affirmant que la victime était consentante, provoquant la colère de la mère de l'adolescent.
Le tribunal a annoncé que le verdict serait prononcé le 12 décembre, au terme d'un procès qui s'est ouvert le 24 octobre et a eu un retentissement international.
Le troisième accusé, mineur, est jugé séparément.
S'adressant au juge, Fahmi Mounir Fahmi, un Egyptien, les deux avocats de la défense ont soutenu haut et fort que les accusations contre les deux Emiratis, dont un est séropositif, étaient fondées sur de "fausses déclarations", qu'il s'était agi d'une relation sexuelle "consentie et non imposée" et que la victime était un "menteur".
"Lors de la précédente audience, le ministère public avait requis la peine maximale contre ces deux accusés. Je le félicite pour son courage", a déclaré le premier avocat, Roukoz Georges Hobeika, un Libanais, en bombardant le parquet de questions.
Dans le code pénal émirati, la peine maximale, qui est laissée à la discrétion du juge, peut aller jusqu'à la peine capitale.
"Que pense le ministère public du rapport du médecin légiste selon lequel la seule trace d'ADN repérée à l'intérieur de la victime est celle du seul mineur du groupe? Que pense-t-il du fait que le couteau et le bâton n'ont jamais été saisis?", a notamment lancé l'avocat.
Selon l'acte d'accusation, le 14 juillet, l'adolescent, âgé de 15 ans, et un autre jeune Français du même âge sortaient d'une salle de jeux d'un centre commercial huppé de Dubaï quand un jeune Emirati qu'ils connaissaient leur a proposé de les raccompagner en voiture. Dans le véhicule se trouvaient deux autres Emiratis âgés de 18 et 36 ans.
Mais la voiture a changé de direction et pris la route du désert où l'adolescent a été violé sous la menace d'un couteau et d'une canne de billard.
"La victime a voulu faire de cette affaire une bataille médiatique par le biais des journaux, des magazines et des sites internet", a poursuivi Me Hobeika dans une référence à la campagne menée par la mère du jeune homme.
Il a soutenu que "les deux adolescents étaient totalement conscients en montant dans la voiture" et que le jeune Franco-Suisse "était consentant".
"Le fait qu'il ait été choisi (par les accusés) prouve que c'est un habitué", c'est-à-dire un homosexuel, a encore dit Me Hobeika, ajoutant que "toutes les preuves contre les deux accusés sont fausses" et demandant au juge de "proclamer leur innocence".
La mère de la victime, Véronique Robert, une journaliste indépendante d'origine suisse, s'est effondrée en larmes.
"Honte à vous! Respectez au moins mon fils", a-t-elle hurlé avant de quitter l'audience.
Emboîtant le pas à son collègue de la défense, l'avocat émirati Saïd Al-Ghilani a, lui aussi, réfuté toutes les accusations portées contre ses deux clients, affirmant qu'ils étaient "innocents".
"La victime a excellé dans le mensonge", a notamment déclaré Me Ghilani dans une plaidoirie enflammée.
L'affaire a eu un énorme retentissement en raison de la campagne menée par Mme Robert, qui a lancé le 23 octobre un site internet où elle demande le soutien du public et de personnalités pour obtenir des Emirats qu'ils reconnaissent dans leur droit le délit de viol de nature homosexuelle et se dotent de structures adéquates pour soigner les malades du sida.
Elle a annoncé avoir "introduit un recours judiciaire contre les gouvernements d'Abou Dhabi et de Dubaï, en France et en Suisse, pour avoir essayé de couvrir l'affaire".
Elle les accuse aussi d'avoir "caché que l'un des agresseurs était séropositif".
Pour la première fois depuis le début du procès, la police a tenté d'empêcher les photographes présents à l'extérieur du tribunal de prendre des photos de Mme Robert.

