Les auto-écoles manifestent pour défendre leur profession
PARIS (AFP) — Des milliers de patrons et de salariés d'auto-écoles ont manifesté jeudi à Paris et dans plusieurs villes de France lors d'une journée nationale pour défendre leur profession qu'ils jugent menacée et réclamer un accès plus rapide au permis de conduire.
A l'appel d'une intersyndicale réunissant les organisations patronales et deux des trois organisations de salariés, le mouvement a été particulièrement bien suivi à Paris, Lyon, Nancy, Le Mans et Rennes par une profession qui refuse de porter le chapeau pour les difficultés à obtenir le précieux papier rose, souvent synonyme de sésame pour l'emploi.
Elle demande notamment une augmentation du nombre des inspecteurs de conduite "pour que les candidats passent leur examen dans des délais raisonnables", a indiqué à l'AFP Patrick Ohaya, président de la Fédération nationale des écoles de conduite (Fnec).
Cette attente a un effet pervers sur le coût. "La formation initiale, de 1.200 euros, n'est pas excessivement chère comparée aux pays de l'Europe du Nord (2.000 euros en Allemagne). Mais un candidat sur deux échoue à son premier passage et il lui faut attendre de 4 à 8 mois selon les régions - 8 mois à Paris - pour se représenter. Avec environ une heure de leçon par semaine pour garder le niveau, on double la facture", a relevé Jean-Louis Bouscaren, président de l'Union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite (Unidec).
Les délais ont été accrus par le passage de l'épreuve pratique de 22 à 35 minutes, finalisé en 2006, qui fait qu'un inspecteur n'examine plus que 12 candidats par jour au lieu de 20.
La Sécurité routière met cependant en avant une "augmentation assez conséquente" du nombre des inspecteurs du permis depuis 2000 avec 630 recrutements. 61 embauches sont inscrites pour 2008.
Les professionnels s'inquiètent également de la réforme du permis de conduire envisagée par le gouvernement et des pistes évoquées par une mission sur le sujet qui doit rendre ses conclusions dans la deuxième quinzaine d'avril.
Selon eux, le gouvernement envisage de leur supprimer les heures de code, qui leur permettent de se maintenir à flot. "Avec 70 heures de travail par semaine, on gagne à peine le Smic", met en avant M. Bouscaren. La profession demande donc une TVA réduite et des carburants détaxés, comme les taxis.
Les professionnels sont cependant sortis "rassurés" de l'entretien à Matignon, a rapporté M. Bouscaren, ayant notamment obtenu l'assurance d'être associés à une large concertation sur le rapport de la mission, avant la prise d'éventuelles décisions.
Cette réforme du permis, visant à simplifier la procédure et la rendre plus rapide, avait provoqué un autre mouvement de grève fin février. Les inspecteurs du permis, qui s'étaient massivement mobilisés, avaient alors obtenu l'assurance que l'examen ne serait pas confié à un opérateur privé.
Paradoxalement, cette décision a accru l'inquiétude des auto-écoles qui espèrent voir augmenter le nombre des examinateurs s'ils relèvent d'un opérateur privé et non plus de l'Etat, qui ne veut pas augmenter ses dépenses.
Dans la capitale, les véhicules - voitures, motos, autobus et camions -, plus de 5.000 selon les organisateurs, 1.100 selon la préfecture de police, ont formé un cortège long de 2 km environ, provoquant de gros embouteillages dans l'est parisien. "On n'avait jamais vu un mouvement comme celui-ci", s'est félicité un participant, Manuel Pinto.
Outre Paris, l'intersyndicale avait prévu des manifestations régionales, qui ont réuni plusieurs centaines de véhicules, à Lyon, au Mans, à Rennes, à Nancy, à Marseille, à Bordeaux et à Toulouse.

