PARIS (AFP) — Le duel pour la direction du PS est lancé entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, qui ont déclenché les hostilités sur le "libéralisme", mis en avant par le maire de Paris, et la "démocratie participative", thème cher à l'ex-candidate à la présidentielle.
Bertrand Delanoë se "régale" du "débat d'idées" qu'il a lancé en se déclarant "socialiste et libéral" dans son livre "De l'audace!", a-t-il confié lundi à la presse.
L'ancien ministre Jack Lang a affirmé lundi être "totalement disponible" et "n'écarte rien" concernant une éventuelle candidature à la direction du PS, estimant qu'on aurait tort "d'imaginer" un débat "figé dans un combat entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë".
Enfin, l'ancien Premier ministre Laurent Fabius a cosigné une contribution contre la "peoplelisation" des débats préparatoires au prochain congrès du PS, ont annoncé lundi ses proches de la fédération socialiste de Seine-Maritime d'où est partie l'initiative.
Les deux principaux prétendants à la succession de François Hollande -même si M. Delanoë n'est toujours pas, officiellement, candidat- ont manifestement décidé de se rendre coup pour coup dans la perspective du Congrès de Reims, en novembre.
Dans son livre, "De l'audace!", publié juste après l'entrée en lice surprise de Mme Royal, le maire de Paris a le premier ciblé son adversaire en raillant le concept de démocratie participative, au coeur de sa campagne présidentielle.
"On ne peut pas se contenter de recueillir les avis, il faut donner le sien. Ce sont les limites de la formule +votre projet sera le mien+", écrit-il.
Surtout, il a jeté un pavé dans la mare au sein du PS en se proclamant "socialiste et libéral" et en estimant que "le libéralisme est d'abord une philosophie politique de la liberté".
Mme Royal lui a répondu dès samedi, à peine achevée la réunion des partisans du maire de Paris à La Mutualité. Le mariage entre libéralisme et socialisme? "Totalement incompatible!", a-t-elle assené.
Elle a développé son propos dimanche sur Canal+, en lançant, tout en se défendant de vouloir "caricaturer" M. Delanoë: "je ne pourrais jamais dire comme a dit Bertrand Delanoë +je suis libéral+. Le mot libéralisme est le mot de nos adversaires politiques et je crois que le socialisme a déjà intégré tout l'héritage des libertés individuelles".
"Les socialistes ne sont pas pour le social contre l'économique, ils pensent que l'un ne va pas sans l'autre. (Mais) réhabiliter ce mot de libéralisme, non! (...) En France, il est tellement chargé et tellement synonyme de capitalisme débridé et de dégâts", a-t-elle ajouté, citant trois fois Jean Jaurès, avant de lâcher: M. Delanoë "peut peut-être évoluer, se rendre compte aussi" de ça.
La présidente de Poitou-Charentes a regretté aussi que son adversaire "tourne en dérision" son concept de démocratie participative, mais elle "ne renonce pas à convaincre tous ceux qui n'ont pas encore compris jusqu'où on pouvait aller pour améliorer l'efficacité de notre système grâce à la démocratie, notamment participative".
"Ségolène dit que c'est incompatible, je respecte son point de vue, ce n'est pas le mien. C'est un débat d'idées. Je croyais dire quelque chose d'évident: je suis libéral et socialiste", a répliqué dimanche M. Delanoë sur Europe 1, avant d'affirmer: "Mitterrand était libéral et socialiste, c'est une évidence".
"Le libéralisme politique, c'est se battre pour élargir les libertés. Ça m'agace que les socialistes français qui ont été les grands bâtisseurs de libertés dans ce pays ne le revendiquent pas", a-t-il dit, citant l'abolition de la peine de mort, les radios locales, le pacs et la parité.
Sur la démocratie participative, le maire de Paris a assuré y être favorable et que "cela fait 15 ans qu'(il) en fait". Mais "la démocratie participative, ce n'est pas le marketing électoral, ce n'est pas organiser une réunion et dire +tiens qu'est-ce qu'on va se dire?+", a-t-il asséné.
L'UMP a fait ses choux gras de ces querelles sémantiques en estimant dimanche que "ce débat montre juste une chose: l'incapacité du parti socialiste de s'extraire des débats idéologiques".
Dans un sondage BVA pour France Inter et les Echos, les Français et les sympathisants socialistes sont très partagés sur les propos de Bertrand Delanoë.
Selon lui, 39% estiment que M. Delanoë "a raison" de se dire "persuadé que seule l'économie de marché crée des richesses nécessaires au progrès social", et 39% estiment qu'il "a tort" et qu'il devrait "avant tout se positionner sur le social et dénoncer la politique économique libérale conduite par le gouvernement", tandis que 22% ne se prononcent pas.
Chez les sympathisants socialistes, 45% approuvent M. Delanoë et 44% lui donnent tort, tandis que 11% ne se prononcent pas. Quant aux sympathisants de l'extrême gauche et du PCF, ils désapprouvent massivement (59%), comme les sympathisants Verts (52%).
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