LIEGE (AFP) — Le Kazakh Andreï Kashechkin, passible de sanctions pour dopage de la part de l'Union cycliste internationale (UCI), a qualifié cette procédure disciplinaire d'"illégale et partiale", mardi, devant le tribunal en référés de Liège appelé à se prononcer sur son arrêt.
Convaincu de dopage par transfusion sanguine homologue lors d'un contrôle inopiné, le 1er août dernier, en Turquie où il passait des vacances, Kashechkin estime que l'UCI, entité privée, n'a aucune compétence pour mener des contrôles, inopinés de surcroît, qui "sont des ingérences dans la vie privée".
"Nous dénonçons la privatisation de la sanction et de la procédure", a plaidé le conseil du coureur, Luc Misson.
"Porter atteinte aux droits fondamentaux d'un individu ne peut appartenir qu'aux autorités publiques dans un cadre strictement défini par la loi", a expliqué l'avocat belge, s'appuyant sur la Convention européenne des droits de l'homme dont les articles 6, 8 et 11 seraient "gravement violés" par l'UCI.
Kashechkin, qui risque une suspension de deux ans assortie de deux ans supplémentaires de mise au ban du ProTour, estime en outre que l'UCI étant juge et partie, la procédure disciplinaire à son encontre "n'est pas impartiale".
"Mon client n'a pas l'impression d'être jugé dans le cadre d'un procès équitable. Les juridictions sportives ne donnent pas de garanties suffisantes aux droits de la défense", a encore estimé Me Misson.
Les sanctions lourdes ne peuvent selon lui être prononcées que par des juridictions bien définies et non par l'organe disciplinaire, forcément partial, d'une fédération internationale.
L'avocat note en outre que la contre-expertise de l'échantillon B, pratiquée 22 jours après le prélèvement, n'a pas été réalisée dans les délais établis par les règlements de l'UCI et que le contrôle a été effectué à 22h45, alors qu'il aurait dû l'être avant 22h00, selon les mêmes règlements.
Soutenu par une vingtaine de supporteurs présents comme lui à l'audience, Kashechkin réclame donc l'arrêt de la procédure de l'UCI à son encontre.
"C'est à qui perd gagne: si nous perdons en référé, nous allons en appel, puis en cassation, puis devant la Cour européenne des droits de l'homme et là, on serait en bonne position", avait expliqué Me Misson avant l'audience. "Si on nous oblige à aller jusque-là, cela ferait un arrêt à valeur sinon mondiale, du moins européenne."
Cette affaire pourrait ouvrir une brèche juridique au bénéfice de ceux qui contestent le fondement même de la lutte antidopage et mettre à mal l'autorité des instances sportives.
Après les plaidoiries des conseils du coureur le matin, le tribunal a ensuite entendu l'UCI, qui conteste la compétence du tribunal, "une juridiction belge chargée d'étudier le cas d'un coureur kazakh domicilié à Monaco (mais qui a résidé plusieurs années à Liège, ndlr) et qui s'attaque à une entité de droit suisse".
Solidaires de l'UCI et conscientes du danger, les équipes cyclistes professionnelles représentées au sein de l'AIGCP et l'IPCT ont déposé une requête en intervention volontaire sur laquelle le tribunal belge devra également se prononcer.
"Si Kashechkin gagne sur le principe que seuls les Etats peuvent s'occuper du dopage, on peut fermer la boutique du sport", redoute l'avocat belge des équipes, Jean-Louis Dupont.
L'ordonnance du tribunal est attendue dans un délai de deux semaines.
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