Municipales en Corse: menaces d'un mouvement clandestin armé

BASTIA (AFP) — Le FLNC-Union des combattants (FLNC-UC), l'une des principales organisations indépendantistes clandestines en Corse, s'est invité mercredi dans la campagne des municipales en "conseillant" aux "Français" résidant en Corse de "ne pas se rendre aux urnes", les menaçant d'une "réponse adéquate".

Cette menace, la première du genre à la veille d'élections, a été accueillie dans un silence de plomb par la classe politique de l'île, habituellement plus prompte à réagir.

"Nous conseillons aux Français étrangers aux intérêts vitaux de notre terre de ne pas se rendre aux urnes", a fait savoir mercredi le FLNC-UC, dans un communiqué transmis à France 3 Corse et dont l'AFP à obtenu copie. Le "conseil" apparaît en gras sur le texte d'une page et demie.

Ce mouvement, partisan de la lutte armée, s'est déjà manifesté à la veille d'élections. Avant la présidentielle de 2007, il avait annoncé qu'il serait "présent" durant la campagne, puis avait déclaré que cette élection "conjoncturelle" n'apporterait "rien d'évolutif pour la Corse".

Cette fois-ci, le ton est monté d'un cran. Le groupe clandestin estime que "la colonie française de peuplement ne peut en aucun cas décider du destin politique de la nation corse". "Elle n'a aucun droit sur cette terre. Nous saurons lui répondre de manière adéquate, le moment venu", avertit le mouvement qui revendique régulièrement de nombreux attentats dans l'île.

La dernière revendication remonte à fin novembre: seize attentats, dont des tirs de roquette contre des bâtiments publics.

Le FLNC-UC juge les municipales "sans conséquences politiques effectives" car, selon lui, "la Corse se trouve toujours confrontée au problème de la négation de son identité nationale".

"Plus que jamais l'heure est au renforcement de la lutte de libération nationale", écrit-il en renouvelant ses accusations contre le gouvernement et contre le président Nicolas Sarkozy pour ses "mensonges répétés sur le rapprochement des prisonniers politiques" corses de leurs familles dans l'île.

Le mouvement qui s'en est souvent pris à la classe politique corse "inféodée à Paris", selon lui, dénonce une fois encore sa "soumission", et fait allusion "au feu de paille qui a affecté un bureau de la Collectivité territoriale".

Le 12 janvier, quelques centaines de militants nationalistes, venus manifester contre la "répression" dans l'île, avaient envahi l'hémicycle de l'Assemblée de Corse où un incendie volontaire avait ensuite entièrement détruit les bureaux d'Ange Santini, président UMP du conseil exécutif de Corse.

Un autre élu de l'Assemblée de Corse, Jean-Christophe Angelini, secrétaire général du Parti de la nation corse (PNC-autonomiste modéré), mis en cause dans le texte du FLNC-UC, pour avoir rencontré en janvier un haut responsable de la police, a estimé qu'il n'avait "pas à polémiquer avec une organisation clandestine" à propos d'un texte qui démontre bien "les divergences existant entre la mouvance de libération nationale et nous", a-t-il dit à l'AFP.

Même refus de réagir à la mairie de Bastia: le directeur de campagne d'Emile Zuccarelli (PRG) qui brigue un quatrième mandat, a seulement indiqué que le maire "ne réagissait jamais aux communiqués de terroristes".

Aucune réaction n'avait été rendue publique en fin de journée de la part du député UMP et président de l'assemblée de Corse Camille de Rocca Serra.

Le dirigeant de Corsica Nazione Indipendente (CNI) Jean-Guy Talamoni, principal parti indépendantiste avec trois élus à l'Assemblée de Corse, s'est contenté de "prendre acte" de la publication du texte qu'il a jugé "très clair".