Benoît XVI publie sa 2e encyclique
CITE DU VATICAN (AFP) — Benoît XVI a publié vendredi sa deuxième encyclique, "Spe salvi" (sauvés par l'espérance), une critique du marxisme et de "la foi dans le progrès" des sociétés contemporaines auxquelles le pape propose l'espérance collective du salut apportée par le christianisme.
Ce nouveau texte doctrinal du pape allemand manifeste encore une fois sa préoccupation pour les "erreurs" qui, selon lui, menacent l'humanité après avoir pris naissance dans "l'Europe des Lumières": la "fascination" pour la science, la toute-puissance de la raison, les théories révolutionnaires.
Le chef de l'Eglise catholique amorce une "autocritique" d'un "christianisme moderne", là encore très européen, replié sur la recherche du "salut personnel de l'âme".
Or, "notre espérance est toujours essentiellement une espérance pour les autres", écrit-il à l'adresse des 1,1 milliard de catholiques dans le monde.
C'est en se demandant "que puis-je faire pour que les autre soient sauvés" que l'on fait "le maximum pour (son) salut personnel", insiste-t-il.
Benoît XVI, ancien théologien en chef de l'Eglise, a émaillé les quelque 80 pages de son encyclique de références philosophiques ou littéraires tirées de la culture européenne: Emmanuel Kant, Karl Marx, Fiodor Dostoïevski, Jean Giono...
"Dans un certain sens, l'encyclique semble spécialement s'adresser à l'Europe", a reconnu le cardinal Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, interrogé par l'agence Ansa.
Le pape "veut réveiller l'espérance des pays de vieille chrétienté, spécialement l'Europe, mais sa perspective n'est pas limitée à ce continent", a nuancé le cardinal français Albert Vanhoye lors d'une conférence de presse au Vatican.
Près de deux ans après sa première encyclique "Deus caritas est" sur l'amour et la charité parue en janvier 2006, Benoît XVI se penche sur une autre des trois "vertus théologales" (foi, espérance, charité) considérées dans le christianisme comme des dons de Dieu.
A contre-courant de ses prédécesseurs qui avaient marqué leur pontificat par des encycliques politiques, Benoît XVI livre une nouvelle fois un texte à dimension essentiellement spirituelle.
Il y exprime "sa conviction que le refus de la foi et de l'espérance chrétienne, et au fond le refus de Dieu, conduit finalement l'homme à se perdre lui-même", a commenté le porte-parole du Vatican, le prêtre jésuite Federico Lombardi.
Le pape développe la thèse que "la fragilité" de l'homme rend illusoire toute tentative d'instauration définitive d'un "monde parfait", que ce soit par la science ou l'action politique.
En revanche, ajoute-t-il, l'espérance chrétienne dans la vie éternelle et le jugement dernier sont la meilleure réponse à "l'athéisme des 19è et 20è siècles" qui se voulait "une protestation contre les injustices du monde et de l'histoire universelle".
"Je suis convaincu que la question de la justice constitue l'argument essentiel, en tout cas l'argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle", ajoute le pape en écrivant exceptionnellement à la première personne du singulier.
La publication de "Spe salvi" a suscité des réactions immédiates en Italie.
Andrea Oliveri, président des associations des travailleurs catholiques (Acli) s'est réjoui que Benoît XVI lance "un appel à une espérance non seulement individuelle, mais d'une certaine façon collective, qui concerne l'humanité entière".
"Que le pape se tranquillise: les athées ne se sentent pas sans espérance", a ironisé de son côté la petite Union des athées.

