PARIS (AFP) — L'orientation est trop souvent synonyme d'exclusion vers les filières les moins cotées et au détriment des élèves défavorisés, selon le bilan annuel du Haut Conseil de l'Education, qui suggère aussi de ne plus recruter de nouveaux conseillers d'orientation-psychologues.
L'orientation "tend à procéder par exclusions successives vers des voies ou des filières moins considérées", déplore le HCE, dont le premier bilan, il y a un an, sur l'école primaire, avait fait grand bruit.
Deux "spécificités françaises" sont en cause: "l'affectation se fait selon des filières très fortement hiérarchisées" et elle est "déterminée de façon très précoce", a expliqué mercredi lors d'un point de presse son président Bruno Racine.
"L'orientation par l'exclusion consiste à se voir refuser l'accès aux filières générales", en particulier la scientifique.
En cause, "un déterminisme social qui n'est pas négligeable", selon M. Racine: à résultats comparables, les enfants de cadres vont plutôt en filière générale, les enfants d'ouvriers en filières technologique ou professionnelle.
En effet, le succès ou l'échec sont trop fondés sur "les savoirs abstraits" et les évaluations sur des notes "dont les insuffisances ont été démontrées".
Pour y remédier, M. Racine se félicite qu'avec le socle commun, "on devra évaluer sur une gamme beaucoup plus vaste de compétences".
Toutefois, "l'institution scolaire a encore des progrès à faire pour que les décisions d'orientation encouragent, lorsqu'elles sont légitimes, les ambitions des élèves des milieux les moins favorisés", souligne le rapport.
En lycée professionnel, un élève peut être affecté "dans une spécialité qui ne l'intéresse pas ou qui ne correspond pas à ses aptitudes": "une différence importante avec le lycée général et technologique" qui peut "renforcer le sentiment d'injustice".
C'est que l'offre est abondante (215 spécialités de CAP, 50 de BEP, 63 de bacs pros), mais l'éventail de choix locaux reste limité pour chaque élève.
Autre problème: une mauvaise orientation est "difficile à rattraper", par manque de possibilités de passerelles. Enfin, l'orientation reste "éloignée des réalités de la vie professionnelle".
Quant aux préconisations, le HCE souhaite que les régions prennent en charge l'accueil et l'information des jeunes, des missions assurées aujourd'hui par de multiples structures.
Mais il dresse surtout, après d'autres rapports critiques, un bilan sévère du travail des 4.300 conseillers d'orientation-psychologues (copsi).
La fonction de conseil en orientation est "aujourd'hui mal exercée" car les missions des copsi sont floues, ils ne sont "pas réellement dirigés" et "pas non plus inspectés". Ce qui fait dire à M. Racine qu'il ne veut pas en faire des "boucs-émissaires" car les "manquements" incombent à leur "hiérarchie".
Le HCE souligne que ce n'est pas à la demande du ministère de l'Education, mais de celui de la Santé, que ces conseillers sont devenus aussi en 1991 "psychologues" (avec licence de psychologie requise). Or "une compréhension fine et actualisée des métiers" et "filières d'études" est "tout aussi importante" que la psychologie pour ce métier.
En conséquence, le HCE prône d'établir une liste de compétences précise qui définirait la fonction de "conseil en orientation scolaire et professionnelle".
Quant aux copsi actuels, leur "recrutement ne serait pas poursuivi".
En outre, la fonction serait aussi remplie par des enseignants volontaires, à temps partiel, qui deviendraient les "professeurs référents" de quelques élèves qui, de préférence, ne seraient pas les leurs.
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