Naissains d'huîtres: après l'hécatombe, des producteurs expérimentent leur réintroduction

MARSEILLAN (AFP) — Sur l'étang de Thau où quelque 80% des naissains sont morts dans l'hécatombe qui a décimé cet été les jeunes huîtres sur tout le littoral français, Philippe Ortin participe, avec 27 autres professionnels, à une expérience de réintroduction menée simultanément dans les sept bassins de production français.

Les premiers résultats de cette tentative, supervisée par l'Etat et l'Ifremer, seront livrés à partir de lundi et sont attendus avec impatience par les ostréiculteurs.

Vue générale d'un parc à huîtres dans l'étang de Thau à Marseillan prise le 16 août 2008.

Sur la barge qui le mène sur ses tables de production, Philippe Ortin, producteur à Marseillan et président de la section régionale conchylicole de Méditerranée, rappelle que chacun des 28 professionnels "a reçu 15.000 naissains, soit 3.000 en provenance de chacune des 5 écloseries françaises".

Le 5 août, il a placé ses naissains dans des sacs - des pearlnets -, puis a attaché ceux-ci à des fils qui plongent à la verticale de ses tables dans les eaux du bassin. A chaque fil correspondent les naissains d'une écloserie, explique M. Ortin, afin que la traçabilité soit totale.

L'expérience de réensemencement a pour objectif de savoir si, quelques semaines après le début de l'hécatombe, le phénomène de mortalité est stoppé et "si les naissains survivent" au cocktail virus-bactérie qui les a détruits, explique Fabrice Pernet, chercheur à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), à Sète.

D'un des sacs, Philippe Ortin sort une poignée d'huîtres, longues de quelques millimètres. "Regardez cette +dentelle+ qui déborde de la coquille. C'est le signe que le naissain grandit bien", assure-t-il.

Mais c'est en début de semaine que l'expérience livrera ses premiers résultats. Lundi et mardi, selon les zones de production et les marées, "on va retirer tous les lots immergés, et on va comptabiliser la mortalité, si mortalité il y a", dit Fabrice Pernet. "Pour l'instant, on est dans l'obscurité. On ne sait pas s'il y a mortalité ou pas".

L'ensemble des données collectées par l'Ifremer sera transmis au ministère de la Pêche où un premier bilan national sera dressé mercredi. Les présidents de toutes les sections régionales conchylicoles se seront réunis la veille au Comité national de la conchyliculture.

Il sera sans doute trop tôt pour affirmer que l'expérience est concluante et un peu de temps sera vraisemblablement nécessaire avant que le ministère délivre son autorisation.

Mais les producteurs espèrent une levée rapide de l'interdiction. Sinon, dans le bassin de Thau, "ce serait toute la récolte 2009 qui serait perdue" pour les quelque 650 professionnels qui produisent environ 12.000 des 130.000 tonnes françaises annuelles.

Dans l'étang de Thau, les huîtres passent entre 10 et 12 mois dans l'eau avant d'être commercialisées. Une autorisation dans les prochaines semaines permettrait d'assurer la récolte pour Noël 2009.