Shinzo Abe s'excuse publiquement auprès des Japonais pour sa brusque démission

TOKYO (AFP) — Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a présenté lundi des excuses publiques pour la vacance de pouvoir qu'il a déclenchée en démissionnant brusquement, lors de sa première déclaration depuis son hospitalisation le 13 septembre.

Parlant d'une voix lente et fragile et entouré de deux médecins en blouses blanches, M. Abe a lu un communiqué dans lequel il s'est "excusé profondément auprès des Japonais pour avoir semé le trouble".

"Je regrette de n'avoir pu répondre aux attentes de la population", a-t-il dit lors d'une conférence de presse retransmise en direct à la télévision.

Dans une lettre adressée à ses pairs, dimanche, M. Abe avait déjà "offert (mes) excuses aux membres du parti et plus spécialement à tous les Japonais pour avoir créé un vide politique après avoir annoncé ma démission à un moment si crucial".

Il est de tradition au Japon, pour un politicien, un fonctionnaire ou un homme d'affaires de s'excuser publiquement, en s'inclinant devant les caméras de télévision, à la suite d'une erreur ou d'un scandale.

M. Abe avait été vivement critiqué, y compris par ses proches et son parti, pour avoir "déserté" son poste au mauvais moment, alors que la droite au pouvoir traverse une grave crise à la suite de sa récente déroute électorale.

"La décision de se maintenir dans ses fonctions était un choix très lourd, qu'il n'aurait pas dû faire sans être résolu à assumer ce choix difficile jusqu'au bout", a estimé son successeur, le vétéran modéré Yasuo Fukuda, 71 ans.

Fragilisé par des scandales financiers et des bévues à répétition, le Premier ministre, âgé de 53 ans, avait pris tout le monde de court le 12 septembre en annonçant brusquement son départ du pouvoir.

Il avait été hospitalisé le lendemain à la suite d'ennuis gastriques liés à un excès de fatigue et de stress, selon les médecins.

M. Abe n'avait toutefois pas invoqué lui-même de problèmes de santé pour justifier son départ. C'est son entourage qui avait fourni peu après cette explication.

Le silence de M. Abe a ulcéré la classe politique et les éditorialistes qui y ont vu une attitude irresponsable.

"J'aurais dû parler clairement de ma condition physique. Elle s'était détériorée au cours du dernier mois. Et j'ai senti que mon état avait atteint ses limites", a admis lundi M. Abe, connu pour sa santé fragile.

"Dans ces conditions, je ne pouvais plus assumer mes responsabilités, c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de démissionner", a-t-il expliqué.

M. Abe quittera officiellement ses fonctions mardi.

Depuis sa démission, les conseils des ministres ont été annulés et remplacés par une réunion ministérielle informelle, deux fois par semaine.

Toutefois, le Premier ministre sortant a indiqué qu'il souhaitait se rendre mardi au Parlement pour l'investiture de M. Fukuda. Il a aussi félicité ce dernier.

Il y a un an, M. Abe célébrait son 52e anniversaire dans des circonstances très différentes: il venait d'être triomphalement élu Premier ministre et plus jeune chef de gouvernement de l'après-guerre au Japon.

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