Ban Ki-moon appelle Washington à conduire la lutte contre le changement climatique
TOYAKO (AFP) — Les Etats-Unis doivent conduire la lutte contre le changement climatique au lieu de continuer à réclamer en préalable plus d'efforts aux pays émergents comme la Chine et l'Inde, a affirmé lundi le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon dans un entretien à l'AFP.
"Je pense que les Etats-Unis devraient finir par prendre un rôle dirigeant", dans la lutte contre le changement climatique, a déclaré Ban Ki-moon, à qui il était demandé si les Etats-Unis avaient jusqu'à présent empêché l'adoption de mesures internationales pour lutter contre le réchauffement de la planète.
"C'est ce que toute la communauté internationale attend des Etats-Unis", a-t-il souligné lors de cet entretien accordé dans l'avion qui le transportait au sommet des pays industrialisés du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) à Toyako, dans le nord du Japon.
"Je pense que nous avons la technologie, les capacités financières, le consensus sur le fait que le changement climatique est réel. Ce qui manque principalement est la volonté politique", a-t-il estimé.
Les dirigeants "ont tendance à regarder leurs problèmes nationaux en premier. Ils sont très préoccupés par leurs opinions publiques nationales. Avec des ressources limitées, il peut être difficile pour les dirigeants politiques de considérer tous ces problèmes mondiaux".
Le Japon, qui préside cette année le G8, entend faire du réchauffement climatique une priorité du sommet de Toyako, même si aucune percée spectaculaire n'est attendue en la matière.
Le sommet affiche des ambitions a minima, le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda misant seulement sur la définition d'un "objectif commun", probablement non chiffré, de réduction des émissions polluantes.
Le gouvernement du président américain George W. Bush refuse toute contrainte qui ne pèserait pas aussi sur les économies émergentes.
Il considère aussi que le G8 n'est pas le cadre approprié pour parler du climat, puisqu'il n'intègre pas les grands pollueurs comme la Chine, passée au premier rang en 2007, ou l'Inde.
Au cours de l'interview, M. Ban a réfuté cet argument. "La question n'est pas de savoir qui doit être le premier et qui doit venir ensuite. Il serait au contraire souhaitable que les pays industrialisés prennent les choses en main et donnent l'exemple", a-t-il affirmé.
"Je sais que les Chinois et les Indiens sont également impliqués dans ce processus. Je trouve encourageant ce que les dirigeants chinois m'ont dit", a-t-il ajouté.
Lors d'une conférence de presse donnée avant l'ouverture du sommet de Toyako, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a lui aussi appelé à un engagement déterminé sur des objectifs précis de réductions des émissions polluantes.
"Il est important d'accepter le principe d'un objectif à moyen terme avant 2050", a-t-il dit. "+Envisager sérieusement+ n'est pas assez, nous avons besoin d'une décision, nous avons besoin d'un engagement sur des objectifs à long terme", a également souligné le président de la Commission européenne.
Lors de leur précédent sommet à Heiligendamm en Allemagne en juin 2007, les pays du G8 s'étaient mis d'accord pour "envisager sérieusement les décisions prises par l'Union européenne, le Canada et le Japon qui prévoient une réduction d'au moins de moitié des émissions globales (de gaz à effet de serre) d'ici 2050", sans donner cependant d'objectif chiffré commun.

