Cambodge: hospitalisation de Khieu Samphan, chef de l'Etat sous les Khmers rouges

PHNOM PENH (AFP) — Khieu Samphan, ancien chef de l'Etat cambodgien sous le régime brutal des Khmers rouges, a été admis mercredi à l'hôpital Calmette de Phnom Penh après avoir souffert la veille d'hypertension.

Khieu Samphan (76 ans) est apparu fragile mais pas particulièrement malade à son arrivée à l'hôpital et il a marché seul en entrant dans un bâtiment où il devait subir des examens médicaux, selon un correspondant de l'AFP.

L'ancien chef de l'Etat vivait librement jusqu'ici dans la région de Pailin, ancien bastion des Khmers rouges situé dans le nord-ouest du Cambodge.

"J'ai ordonné qu'un hélicoptère le transfère à l'hôpital" à Phnom Penh, avait déclaré plus tôt le Premier ministre Hun Sen, ajoutant qu'il ne voulait pas que le gouvernement soit accusé d'avoir négligé son état de santé.

Le nom de Khieu Samphan circule depuis des mois comme faisant partie d'une liste de cinq suspects susceptibles d'être jugés par le tribunal spécial parrainé par l'ONU et qui enquête depuis 2006 sur les crimes les plus graves commis sous les Khmers rouges (1975-1979).

Quatre anciens cadres du régime ultra-communiste --"Douch", Nuon Chea, Ieng Sary et Ieng Thirith-- ont déjà été arrêtés et mis en examen pour "crimes contre l'humanité". Nuon Chea et Ieng Sary ont plus de 80 ans.

"Khieu Samphan a un problème et comme il est lié au tribunal, s'il meurt, cela nous causera des difficultés", a dit Hun Sen.

Un ami de la famille de l'ancien chef de l'Etat a indiqué que Khieu Samphan avait souhaité mardi soir être soigné en Thaïlande, mais que les autorités avaient refusé.

L'épouse de Khieu Samphan, Sor Socheat, a déclaré mercredi à l'AFP que son mari avait "souffert d'hypertension" la veille mais que son état était "revenu à la normale".

Elle a expliqué que Khieu Samphan s'était légèrement blessé en cherchant à s'extirper d'un hamac. "Il a essayé de se lever mais n'a pas réussi. Il a ensuite tenté de se rasseoir, mais a râté le hamac et est tombé."

Khieu Samphan "n'a pas peur d'être arrêté" et "cela fait longtemps qu'il est prêt à comparaître devant le tribunal" parrainé par l'ONU, a dit Sor Socheat au téléphone.

Au nom d'une idéologie mêlant maoïsme et nationalisme, les Khmers rouges avaient fait régner la terreur il y a trois décennies au Cambodge, vidant les villes au profit des campagnes, imposant le travail forcé et éliminant systématiquement tout opposant.

Quelque deux millions de personnes auraient trouvé la mort pendant cette sombre période de l'histoire cambodgienne. Les Khmers rouges avaient été chassés du pouvoir en 1979 à la suite d'une invasion vietnamienne.