Otages en Colombie: le président Uribe met brutalement fin à la médiation d'Hugo Chavez

BOGOTA (AFP) — Le président colombien Alvaro Uribe a mis fin à la médiation de son homologue vénézuélien Hugo Chavez sur un échange d'otages détenus par la guérilla des FARC contre 500 rebelles emprisonnés, arguant, jeudi qu'"on ne peut pas mettre en danger la sécurité démocratique".

"Il faut faire tous les efforts pour la paix et un accord humanitaire mais en tenant compte qu'on ne peut pas mettre en danger la sécurité démocratique", a déclaré M. Uribe jeudi lors d'un discours au palais présidentiel à Bogota.

"C'est elle (la sécurité) qui nous apportera finalement la paix et mettra fin aux enlèvements qui affecte notre pays", a ajouté le chef d'Etat colombien.

La veille, la présidence avait annoncé que M. Uribe "considérait comme terminées la facilitation de la sénatrice (colombienne) Piedad Cordoba et la médiation du président Hugo Chavez et les remerciait pour leur aide".

Alvaro Uribe reprochait au président Chavez, dans un communiqué, d'avoir directement contacté au téléphone le commandant de l'armée colombienne, le général Mario Montoya, pour l'interroger sur les otages.

Le communiqué soulignait en outre que M. Uribe avait instamment prié M. Chavez, le 10 novembre en marge d'un sommet ibéro-américain à Santiago du Chili, de ne pas prendre directement contact avec les hauts responsables de son armée.

A Paris, le président français Nicolas Sarkozy a immédiatement demandé à M. Uribe de "maintenir le dialogue" avec Hugo Chavez qu'il avait reçu mardi pour prendre connaissance des nouveaux éléments du dossier.

En réponse à la demande de Paris, José Obdulio Gaviria, principal conseiller présidentiel colombien, a déclaré à la radio privée Caracol, qu'il "n'y aura pas de marche arrière", précisant que Nicolas Sarkozy "doit connaître les éléments (de cette décision)...qui vont également le surprendre".

Cette décision a suscité la consternation de la famille et des soutiens à Paris de l'otage franco-colombienne des FARC, Ingrid Betancourt.

"C'est plus que de la consternation, c'est quelque chose de dramatique", a affirmé Fabrice Delloye, ex-mari de cette ancienne candidate à la présidence en Colombie prisonnière depuis 2002 des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes).

Marleny Orjuela, la porte-parole des familles de militaires et de policiers otages, dans une déclaration à radio Caracol, a estimé que "l'on joue avec la douleur des familles de victimes". Elle a en outre annoncé une marche de protestation jeudi après-midi à Bogota.

"Depuis la rencontre de Paris entre Chavez et Sarkozy, M. Uribe ne cesse de dresser de nouveaux obstacles sur la voie d'un échange", a commenté un diplomate européen sous couvert de l'anonymat.

Le chef de la majorité au parlement vénézuélien, Mario Isea, a également relevé que "chaque fois que Chavez prenait une initiative pour tenter d'assouplir les positions, il y avait une réplique très dure du gouvernement colombien", estimant que Bogota "n'a pas fait tout ce qu'il devait faire".

Le jour même de l'arrivée à Paris d'Hugo Chavez, M. Uribe avait annoncé sa décision de fixer à sa médiation la date limite du 31 décembre.

Au même moment, le Haut commissaire pour la paix colombien Luis Carlos Restrepo déclarait à plusieurs radios que son gouvernement attendait de M. Chavez "une formule pour la libération des otages", au risque de voir sa mission interrompue. Or, il s'agit de l'un des points les plus complexes à régler dans ces négociations car les FARC exigent pour libérer les 45 otages que 500 de leurs guérilleros soient remis en liberté et puissent rejoindre leurs rangs.