PARIS (AFP) — Le président Nicolas Sarkozy a déclaré jeudi que la France ne "voulait pas la guerre" avec l'Iran, après la tempête créée par des déclarations de son chef de la diplomatie Bernard Kouchner, mais a accusé Téhéran d'essayer de se doter de l'arme atomique.
"L'Iran essaie de se doter de la bombe nucléaire" a dit M. Sarkozy sur les deux chaînes de télévision France 2 et TF1, sans utiliser les formules plus prudentes ou au conditionnel généralement employées par les dirigeants internationaux pour qualifier les efforts de Téhéran.
"Je l'ai dit, c'est inacceptable, et je dis aux Français, c'est inacceptable", a-t-il ajouté dans cet entretien à une heure de grande écoute en France.
Le dossier du nucléaire iranien "est une affaire extrêmement difficile, mais la France ne veut pas de la guerre", a-t-il toutefois déclaré.
M. Sarkozy s'est légèrement démarqué de Bernard Kouchner, qui avait suscité une polémique en France et dans le monde en déclarant dimanche que le monde devait se "préparer au pire" c'est à dire à une "guerre" avec l'Iran.
M. Kouchner a ensuite tenté d'atténuer la portée de sa déclaration, en réaffirmant qu'il fallait "négocier jusqu'au bout" avec Téhéran, et qu'il avait voulu dire qu'il fallait avant tout "éviter la guerre".
"Je n'aurais pas employé le mot guerre, il (M. Kouchner) s'en est lui même expliqué", a dit M. Sarkozy.
M. Sarkozy avait toutefois lui même déjà rompu le 27 août dernier avec la réticence des dirigeants occidentaux à évoquer ouvertement un conflit, en mettant en garde contre "une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran".
Le chef de l'Etat a qualifié de "remarquable" le travail de son ministre sur les sujets internationaux, comme le Darfour et le Liban. Il "fait honneur à la France", a dit M. Sarkozy.
"Comment peut-on convaincre (les Iraniens) de renoncer à ce projet comme la communauté internationale a convaincu la Corée du Nord et la Libye de renoncer à leurs projets? Par la discussion, par le dialogue, par les sanctions", a dit M. Sarkozy.
"Si les sanctions ne sont pas suffisantes, je souhaite des sanctions plus fortes", a-t-il ajouté. "Ce n'est pas exclusif d'un dialogue avec les Iraniens", a poursuivi le chef de l'Etat, en soulignant que "ce qui est interdit c'est le nucléaire militaire, pas le nucléaire civil".
Paris prône désormais des sanctions européennes contre le régime de Téhéran, en plus de sanctions onusiennes, pour le forcer à abandonner l'enrichissement d'uranium. Le gouvernement français a approché les entreprises françaises pour leur déconseiller de répondre à de nouveaux appels d'offre iraniens.
Ce durcissement vise à alerter le monde et l'opinion sur l'état d'avancement du programme iranien et à accentuer la pression sur l'Iran pour qu'il suspende ses activités les plus sensibles du programme iranien, en particulier l'enrichissement de l'uranium, font valoir les diplomates français.
Téhéran a affirmé à de nombreuses reprises ne pas vouloir l'arme atomique, et vouloir poursuivre un programme uniquement civil.
De nombreux commentateurs et responsables politiques ont également relevé un net rapprochement de Paris avec Washington sur ce dossier, qui est au centre d'une visite qu'effectue actuellement M. Kouchner à Washington.
La crise nucléaire iranien sera un sujet majeur lors de l'Assemblée générale de l'ONU la semaine prochaine.
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